J'avais très envie de son adresse ce soir. Comme si il y avait un temps qui appartenait juste à l'écriture et auquel on ne pourrait faire entendre raison de de qui se passe, s'est passé.

Je l'entends comme une sorte de faille à partir de quoi j'ai pu parler.

Sans cette adresse, je ne sais pas. Il y a un dédoublement qui ne s'opère pas, reste malgré lui victime des portes qui ont été ouvertes...Le que salubre est le vent devient une errance au n'importe quoi.

Je ressens bien ce soir que de ne pas écrire son nom me prive de l'ivresse de dire, que je sèche devant le "décor". C'est que son nom dévoilait un corps, des angles, des ombres, un mouvement. Sans ce nom, les mots se crispent, ne déclinent pas leur songe.

La clarté comme l'obscur ne se trahissent plus, deviennent complices du bien ou du mal, sans la moindre tendresse.

Et il y a mon fils, ces branches qui tanguent encore, un là en dehors de moi qui prend mon coeur, murmure une joie étrangère, me dit "il y a un chemin que tu ne connais pas", juste ceci : "un rappel".

......

-Qu'est-ce qu'aimer pour vous?

-Une élection.

-Un mariage?

-Je n'ai rien contre le mariage mais une élection n'est pas juste un mariage...

-De l"'Un"?

-Non!!! Tout le contraire! Elire est une guerre où la bienveillance à la fin l'emporte. Mais oui, c'est une guerre où la possibilité de disparaître est bien réelle.

-Mourir?

-Oui, mourir. D'où cette guerre pour que le désir demeure désir. Qui va accepter d'en passer par tout ce qu'il n'est pas pour s'affronter à ce qui est? Avec la honte, la souffrance, le déni, la folie que la mort a installé en nous?

-Aimer serait à ce prix là?

-Oui, non...Ce qui fait prix c'est son impossible. Pas sa réalité. Mais qui pourrait se targuer d'en éprouver le corps sans en passer par ce qui le refuse?

-refuse d'aimer ou de mourir?

-Qui refuse qu'aimer soit du côté de la mort...L'élection est la reconnaissance d'un infini qui passe par le corps de l'autre. Rien de plus, rien de moins.

-Ce ne serait pas juste l'élection d'un seul alors?

-Non. La question ne se pose pas en ces termes. Il n'y a pas de "nombres" là-dedans. Mais du "c'hors", de ce qui va altérer un être à ce point où ça échappe à sa condition de mortel en tant que tel.

-Et vous aurez appris ça d'une femme qui ne vous aimait pas...

-Apprendre??? Non non, il n'a jamais été question d'apprendre! Vous essayez d'établir une histoire entre deux êtres alors que je vous parle de ce qui échappe à un consentement. La bienveillance n'est pas une abdicaption, ni une adaptation...C'est une révolte contre l'assujetissement, contre l'identification.

-Elle reconnaît de soi ce qui fait autre?

-Oui! Elle inverse le rapport au temps. Ce n'est plus toi qui aime le temps mais le temps qui t'aime!

-Et si, et c'est le cas...elle ne veut plus de vous?

-C'est une foutre errance...Il y a un mélange très incertain entre ce que je dis, écris et l'autre. Je ne vois plus la différence entre le jour et la nuit, entre rien en fait...ça ne m'intéresse pas...Je délire...

-C'était aussi le cas quand elle était là...

-Non...Oui, c'est difficile de parler de ce moment parce que son "là" n'en était pas vraiment un. Elle se taisait beaucoup de ce qui lui faisait violence. Donc je ne sais pas si elle était là. Elle subissait sa présence ou sa non présence. Je m'en foutais au sens où il n'y avait pas de choix! C'était une guerre sans repère, il n'y avait pas le choix! On mettait la table, préparions le repas de cette "infortune" et là seule comptait pour moi la traversée...Dire dire dire jusqu'à plus soif...

-Un devoir chez elle, et chez vous une élection?

-Non. Il n'y a pas d'élection chez moi pendant les dix premières années. C'est juste du secouage de cocotier, qu'est-ce qu'on fout là etc...c'est un arrangement avec l'absurdité du désir, on compose avec son rien, son absence. C'est "à force de" qu'un soir, je m'en souviens très bien, je vois un détail de son coude, un pli, et je ne comprends rien rien à ce qui se passe mais je m'entends dire "c'est là".

-???

Je la "vois" pour la première fois, pas entière mais en partie, mais voir comme si j'étais en ce détail d'elle, comme si je n'étais plus que qu'un mouvement d'elle. J'ai cette impression de comprendre la peinture, la sculpture, la danse.Je vois le détail, le point, le trait. J'essaie de lui dire mais je ne sais pas le dire. Parce que depuis le départ je suis absorbé par le "tout", le trou du manque, la misère de la dette...

-élection...?

-Oui. C'est là où s'opère une perdition, une croyance. Coment vais-je faire pour soutenir cela n'est pas clair du tout..Parce que c'est insoutenable pour moi, je ne connais pas, au sens où je me sens totalement désarmé de transmission. Même écrire, mon écriture, est très loin de ce moment. J'écris comme aller à la messe, comme d'une prière, non comme une foi, une certitude. Je cherche...

-Il y a ce moment où elle vous offre de prendre des photos de sa chatte.

-Oui. C'est encore aujourd'hui un des plus beaux moments de mon existence. Ce que je vois me mesure à la joie, à ce qui me transgresse à jamais. Je ne reviendrai pas, me perdrai mais il y aura eu dans ma vie ces queques instants où je peux dire "je suis intact et c'est égal".

Avec amur et amour

SJ.Braun

 

 

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