C'est encore le jour;  je viens d'arroser les roses, les hortensias, les salades, les tomates, la glycine, le chèvrefeuille, le basilic, le thym, les fraises (En creuse les fraises arrivent en Août)
Je ressens une sorte d'ivresse due au vin mais aussi à un passage.
J'ai l'impression (un peu) que ce passage correspond à un choix, qu'au travers de toute cette nuit de combat, une forme de douceur se propose. C'est très flou encore et ça me fait étrange de vous dire cela à vous. Mais justement ça me plaît de vous le dire précisément à vous.
Vous seriez mon ennemi non en tant qu'être mais en tant que femme, ennemie au sens d'une séparation, de quelque chose qui ne nous rassemblera jamais, un songe comme d'un délire. C'est très beau cette rencontre parce qu'elle intervient à un moment de "passage".
J'ai eu à faire face à une énigme dernièrement qui me proposait une relation à l'être sans amour. Dans "son" sens là sans amour voulait dire sans corps. Je ne savais pas ou plus quoi entendre par "être"? De quel bois il pouvait être donc fait si il supposait ni corps ni amour?
je ne juge pas cette femme qui est venue me dire cela. J'ai vécu avec elle, parlé des milliers d'heures, et n'aurais jamais envisagé recevoir
" Il me semble plus juste en ce qui me concerne, de parler d’une relation d’être avec toi, que d’une relation d’amour, mes confrontations avec aimer sont cinglantes, sanglantes, douteuses, je n’en veux pas"
Cela serait audible si il y avait une relation charnelle
mais si même pas le corps, de quel "être" parle-ton?
Du cadavre...De sa décomposition. De son meurtre.
Je ne croyais pas que cet enfer d'une vision de l'autre pouvait exister mais elle est attenante à quelque chose de plus fou encore.
En découvrant votre texte d'hier, j'ai frémis de sa consonance d'avec ce rien. Il va résonner longtemps en moi parce qu'il met en scène la barbarie, le lynchage, l'exécution.
la seule différence et elle est de grande importance, c'est que quand vous le dîtes, ça vous excite. Il y a un corps qui accepte sa folie, qui la réclame, non en tant que telle quelle forcément, mais qui n'en veut pas s'en sublimer.
Pour le dire autrement, vous vous reconnaissez dans la langue, aussi folle soit-elle. J. s'y refuse parce que son corps est né monstrueux avant que d'être. c'est autistique au sens où il n'y a pas de lien entre son histoire et le corps. Pas de pièce à jouer. pas de théâtre possible.
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je pense à votre enfant de 6 ans autiste . Ce qui est fou dans ce rapport est qu'il ne peut que se révolter d'être "reconnu", "aimé"  par l'autre. Sans cela il crève. mais il n'y a pas de pont entre son besoin et son ressenti. Il est coupé de sa notion de besoin. Coupé ne veut pas dire qu'il ne la ressent pas mais qu'il ne peut l'agir comme sujet. Cette dépendance est insupportable. Parce qu'il la reconnait mais ne peut la faire sienne. Du coup il frappe, injurie, parce que c'est sa seule façon de dire qu'il veut en être.
J. a ça, ce côté autiste qui l'a séparé de son corps depuis toujours. De suite quand je l'ai rencontrée, j'ai su mais pas cru que je ne pourrai pas modifier le cours du rapport entre corps et langage.
Il y a un grand rapport entre ces 12 ans passés avec elle et vous. Mieux écouter, mais aussi ne pas craindre ce que l'on a traversé, parvenir à aimer le présent, sa furtivité, son excellence.
l'autisme au milieu ou le livre.
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Là c'est le début, je découvre mon corps face à vous. Vous me proposez d'y être comme nulle ne l'a jamais fait.