Il y a longtemps que je pense mon âme sauvée. Un peu au sens d'être resté fidèle à ce qui fit foi chez moi très tôt. Ma lutte aura été de m'en sentir concerné. Que cette foi me touche, passe par moi, par mon corps.
 
J'ai su très tôt qu'entre mon héritage et ce monde, il y aurait un décalage. Mon corps servirait de lieu d'"échange". C'est très étrange de penser qu'un corps d'homme est pris entre les camps de concentration (meurtre du père)  et le féminisme (haine du père). Entre le rien et "la toute".
 
Ma chance, je te l'ai dit, aura été de rencontrer des femmes qui n'"adhéraient" pas, mais ce fut bref.
 
Toi, tu viens me trouver là. J'ai l'impression qu'il y a des siècles que je n'ai pas senti cet impératif de me tenir "prêt". En te rencontrant j'ai commencé à ressentir que mon âme retrouvait son foutre. Quand je te parle de foutre, j'entends mon archet.
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Je te donnerai ça de moi, cette foi en ce qui est beau chez un homme, gratuit, sans aucun calcul.
 
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Je me fous bel et bien du reste, n'en ressens aucune jalousie ou contrainte, te punirai uniquement de ne pas le reconnaître. Je ne crois pas de mon vivant avoir senti autant d'exactitude dans le "temps".
 
Ça suppose deux êtres qui n'ont pas menti de leur présence, qui savent se reconnaître là, dans l'exigence de ce qui les appelle, les convoque.
 
J'ai eu crainte à un moment que nos échanges épistolaires nous convient au murmure, à éviter qu'on se touche. Je n'en crois rien depuis votre dernière lettre, non pas tant par le désir du "choking" mais surtout par cette libération du style.
 
Jamais ne vous ai lu dans cette justesse du verbe. Sérieusement, quelle différence entre le côté ampoulé de vos premiers écrits et ce "lâcher prise" de ce dernier.
 
Ce texte en disait bien plus loin que toutes les "je suis votre salope" que vous pourriez dire. Comment vous dire que j'ai eu en vous lisant l'impression d'une naissance!
 
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Ce jour là j'ai cessé d'avoir peur de vous, de moi. Je passais d'une attente à un acte, emmener ma voix à nouveau par les chemins, lui réapprendre à "physiquement" dire oui.
 
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Le soir tombe, je vois mon ancien amour s'éteindre à la nuit venant, quelque chose en moi la laisse partir dans une sorte de dépossession de ce qui crie en moi...cri dont je n'ai jamais cru qu'elle en portait la cause, mais juste la parure, le non rendez-vous qui fascine tant l'objet, tant la mort à venir...
 
le manque, la tristesse racontent un désaccord d'une histoire qui n'est pas la nôtre et dont hélas nous n'avons pas les "mots" pour ne pas en subir le corps.
 
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Mais vous, ce n'est pas un manque ou une tristesse qui vous animent. C'est de ne pas y retourner. C'est très fort chez vous, cette rupture. Vous savez que de retourner là est inutile, vous nuira.
 
Vous choisissez d'aimer les hommes, de vous y confronter, de ne pas revenir à ce mot de "mère" auquel vous n'avez pas droit et vous en préférez l'ardente inconnue.
 
Vous vous devrez d'être amoureuse, toujours.
 
Votre joie passera par des hommes qui vous reconnaissent en cette intention, passeront par vous pour être, vous maintiendront dans votre joie d'être.
 
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J'aime être mortel depuis ma rencontre avec vous. Je commence même à me débarrasser de l'idée de "séances" quand vous venez me voir, sachant que le plus important pour vous est que je ne vous cherche pas, mais trouve qui ne passera pas par vous ce matin là.
 
C'est une version des faits.
 
L'autre voudrait que je provoque votre existence, l'embarque à tenir sa folie, la contraigne du sens.
 
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j'ai aimé te gifler, te mettre tête sur le billot, et ne pense pas qu'en t'écrivant ce soir, que je sache quoi que soit du moment où je te reverrai.
 
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Tu ne contrôleras pas ce que tu crois savoir. 
 
Chaque fois que je te demande quelque chose d'anodin, la seule chose que j'écoute au delà du fait que tu le fasses au pas, est dans le détail.
 
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je reçois votre photo, sa couleur rouge, sa sanguine.