-Comment? Comment aller le chercher?

-Je ne sais pas encore. Il est clair que le corps est dédoublé. l'un des deux est clairement sur l'autre rive, sourd, aveugle, mort pour résumer. Se pose la question de l'écriture, de sa distance par rapport à ce corps là. Peut-elle refuser d'écouter sa plainte? Ne pas forcément tenter de suite d'aller le chercher? Pari pascalien sans doute. Mais qui pourrait aussi se dire ainsi : "je vis ce que j'écris et non j'écris ce que je vis". (Sollers)

-Contre la maladie de la mort?

-Oui. Avant qu'elle ne vous rattrappe, vienne s'intercaler entre votre corps et ce qui pense. "Je vis ce que j'écris" est de l'ordre de la raison autant que de la foi. Une femme, un homme, un lieu. Tout se termine par un livre. C'est mieux qu'un malentendu, non?

-Le serpent?

-Rires. Si vous voulez! Le serpent-un ou le serpent-rien. Soit tu es moi, soit tu es mort. Entre les deux presque rien. Mais ce "presque rien" c'est Montaigne, Michel-Ange, Rodin, Bach etc...Des noms qui s'infinitisent dans le fini. Je me demandais pourquoi parfois il me troublait de les savoir "morts". Ce trouble prouvait que j'étais coincé sur l'autre rive.

-En retard?

-Très. Tous mes rêves ont à peu près la même structure, qui consiste à ne jamais parvenir à temps au rendez-vous.

-Du coup vous écrivez ce que vous vivez...

-Voilà. Je n'arrive pas à retourner l'hamlet. (jeu de mot emprunté à H.Toro qui disait "on ne fait pas d'hamlet sans casser des oeufs")