-Votre idée?

-Plus tard. Retenez juste : "l'objet de l'idée qui constitue l'âme humaine est le corps." C'est toujours à partir de ce point qu'il faut s'accrocher, tenir. C'est de sa mise en scène que ton sort se joue, s'est joué, se jouera. D'un côté le texte, de l'autre une faille. On reconnaît de suite un être qui est passé par là, qui a traversé.

-"À la limite de son mouvement la pensée est l'impudeur, l'obscénité même".

-Oui. On parlait d'instinct de survie tout à l'heure. Ce moment où face au texte qui étouffe, le corps éructe, enfonce la langue, en provoque la crise. Bleu du ciel, Sexus, Septentrion, Justine, H, la liste est longue et je ne cite que les écrivains. À ceux-là vous pourriez rajouter les peintres (C'est encore plus visible. Entendre, c'est voir.) les sculpteurs, compositeurs.

-C'est ce qui n'a pas eu lieu avec J. ?

-Exactement. Ce non-lieu est une horreur métaphysique. Un enfer. Le mien. Je me voulais Ulysse, je ne suis que Ménélas...Je voyais Pénélope, elle est Hélène.

-C'est à dire qu'elle ne va cesser de vous trahir?

-Qu'elle ne va cesser de le vouloir, oui. Et elle le fera. En secret. C'est le texte de sa mère qui parle à travers elle. Et ce texte veut me détruire. C'est de là où elle tire jouissance. La question qui évidemment me revient dans la gueule, c'est pourquoi je n'ai pas accès au texte qui cesserait de me faire "fils" de cette mère, qui culbuterait la madonne pour en faire ma fille.

-Parce que le père a fait de vous sa dette?

-Et ma mère son témoin à charge. C'est beaucoup. Doublement castré. Je retiendrai deux phrases d'eux : "ton père est bien plus beau que toi" et "tu me dois" qui commence nombre de phrases quand il s'adresse à moi. C'est ce texte qui me prive d'instinct de survie, qui me joue bien davantage que je le crois.

-Et vous pensiez que J. Vous sauverait?

-Sûrement. Je pensais qu'elle m'élirait. Entendez par là qu'elle cracherait son texte face à moi et non derrière mon dos. Qu'elle agirait différemment de celle qui m'avait épousé et dont le passe temps était de coucher avec mes amis.

-Décidément, ça se répète...

-Oui! C'est sans pitié le texte des mères. "le monde appartient aux femmes, c'est à dire à la mort". Et nul doute que mon errance domestique n'a pas aidé puisque mon accès au corps s'y refuse.

-?

-C'est que pour avoir accès au corps, je dois traverser l'enfer de mon texte. Le boire jusqu'à la lie. Jusqu'à le perdre.

-Par texte vous entendez la soumission de votre pensée à ce qui est préécrit ?

-J'entends ce qui fait de moi un être désincarné dans ce texte et la difficulté à en écrire un autre.