-Plus rien ?

-Vidé, je crois. Ça refuse, se refuse? à dire. Evidemment je ne peux savoir de quoi il s'agit vraiment. Mes pensées peuvent désigner tel point ou un autre mais je ne les "sens" plus.

-Resterait à survivre...?

-Vous voyez, c'est ce qu'il me manque. Quand vous dîtes le mot "survie", j'entends que je ne peux pas. C'est sûrement de ce côté qu'il faut chercher. Pourquoi face au drame, face à ce moment où l'existence est menacée, je ne peux pas. L'expression qui me vient est "je suis siphonné".

-Attiré par le fond ?

-Non, pas attiré (quoique?) mais aspiré. Il ne me semble pas que je le veuille. Je perçois juste le "refus". Commandeur? Probable. Dès le départ il y a un "tu ne vivras pas". C'est probablement ce qu'en chemin tu découvres. C'est bien plus fort qu'eux aussi. Les parents possèdent rarement leur texte. Très peu de toute façon possèdent leur texte, il ne faut pas rêver. On naît avec, c'est quasi déjà tout écrit. Certains le supportent ou font avec, d'autres non. Ce n'est même pas un choix. Tout dépend de la "césure", de ce moment où le texte sera refusé. Ça ne donnera pas forcément "une saison en enfer", je veux dire qu'être capable de décrire le mécanisme qui opère dans cette folie qu'est la négation relève du plus singulier et en même temps cette exception fait tout le sel de l'humanité. Ele serait anéantie depuis belle lurette si de temps à autre quelqu'un ne venait pas en réinventer le texte.

-Vous parliez de vos parents.

-Oui, non...Il est possible que ce manque d'instinct de survie provienne de leurs spécificités. À la limite ça m'importe peu aujourd'hui. Plus important serait pour moi de trouver ce qui d'être absent ne me permet pas de rester debout. De pouvoir inventer une forme qui s'y substituerait.

-Vous avez une idée ?

-Oui