Quand une fois passé le manque
que j'ai de vous
s'ouvre alors un pays
celui d'une "note", d'une musique, d'un lieu.
Ce sera toujours très proche et très lointain
parce que les mots pour le joindre ont disparu depuis longtemps.
Nous ne connaissons plus cette langue
qui touche autant qu'elle dit.
Seul le dit est resté, le corps, lui, s'est effacé. (langue d'oil?)
Souvent quand je pense à vous, j'entends la litanie de ma langue, sa difficulté à percer le cœur, comment sa pensée ne parvient pas à ouvrir ce qui la défaille.
Quand je relis, je peux voir l'intention mais pas le sang, pas le "style".
C'est ce qui nous empêchera de nous revoir, cette difficulté à "mettre en peau" nos mots. On sait que ça passe par nos corps mais c'est très opaque. Et ça se referme vite...Et quand ça se referme naît tout un discours sur le possible/impossible qui n'est qu'un discours effrayé de l'autre, de son propre corps en l'autre.
Ce secret ce qui nous lie n'est pas inscrit. Il ne sert à rien d'en raconter l'histoire parce que ce n'est pas là qu'elle a eu lieu.
Il me faut aller très loin pour en pénétrer l'essence.
J'aimerais beaucoup ne plus en avoir peur mais c'est comme si je touchais à l'origine du langage, du sens et je m'y perds bien plus que ne m'y trouve.
.....................
Je ne sais pas vous dire mieux que "vous coulez en mes veines"
C'est mon plus grand secret d'homme
Je le porte comme une joie profonde
...........
Le dit-manche
comprendre comment et pourquoi
aimer reste suspendu entre verbe (dit) et corps (manche)
est barré de sa fente/trou/chair
gueule
la haine monte
le dégoût monte
ça ne sans-saigne pas
il y a un délire qui naît de la mise en abîme d'un corps hanté
..............
J. et S., 13 années de crise ouverte sur ce franchissement
toujours en demeure de rester "déportés"
cette frontière du sens
qui va provoquer aussi la fulgurance du "juste", du "sacré"
Et puis la vague
la classique
la banale
qui recouvre
normalise
oublie
Amen.