Sébastien J. Braun

17 avril 2019

22 avril 2019

Mademoiselle,

 

C'est toujours très proche

mais à chaque fois un "presque"

me retient d'aller vous voir, vous revoir.

 

Je ne crois toujours pas complètement

que vous ne m'aimez pas

soit que ça me mette trop en danger

soit que parfois la douceur

m'empêche d'en refermer le chemin

 

Je ne sais plus vraiment. Je vois bien que je tombe

petit à petit dans l'ombre, qu'aujourd'hui à part mes mots

 plus rien ne tient debout. C'est un ratage certes

mais une part de ce ratage maintient une aura de justesse, je veux dire

que je ne le vis pas en simple négation. Fatigué oui, sûrement mais pas

triste de ce qui murmurait parfois sous ma peau.

 

J'ai passé la matinée à construire un projet de lieu autour du sevrage numérique,

un lieu qui n'aurait aucun écran et qui serait point de départ à envisager des chemins

de traverse. Je me suis dit qu'au moins on s'y amuserait bien...Ai trouvé des lieux dans

le Lot ou en Catalogne, des lieux magiques où je m'imaginais partager cette autre façon de

voir l'existence.

 

J'ai passé la matinée à construire un projet de lieu autour du sevrage numérique,

un lieu qui n'aurait aucun écran et qui serait point de départ à envisager des chemins

de traverse. Je me suis dit qu'au moins on s'y amuserait bien...Ai trouvé des lieux dans

le Lot ou en Catalogne, des lieux magiques où je m'imaginais partager cette autre façon de

voir l'existence.

Pour l'instant (entendez instant chez moi comme "ce matin") il y a de l'élan. Bien sûr je rêve parfois que vous veniez vous occuper de la

basse cour ou des rangs de carottes...

 

Si j'imaginais un moment avec vous, ce serait à partir de ce qui ne se sait pas, se reconnaît comme non savoir/ Cette envie là précise

que le temps s'adapte à ce que l'on sent chez soi d'inconnu. Je ne sais absolument pas comment se passe un moment pareil. Au bord

de la parole? Ça veut dire quoi "au bord de la parole"? Aucune idée.

 

Je ne suis pas sûr que "parler" fasse encore sens. Sens où ce qui se dit ne peut l'être que si le corps est "touché", "incarné".

 

Écrire est peut-être le seul lien qui demeure d'avec la parole. Peut-être.

 

Je me souviens qu'avec vous les dernières fois ça m'était devenu quasi impossible de parler. Je voulais, je voulais mais c'était comme si tout était morcelé, insensé, fou!

 

Aucun mot ne correspondait à la "terre" dont je ressentais l'appel, c'était tellement fort que j'eusse aimer me transformer en animal, en vent, en métaphore!

 

Peut-être que ce travail que j'ai fait petit à petit dans ma vie, et avec beaucoup de difficultés, m'a permis un peu d'entendre les dieux, la folie d'être vivant et quand j'ai ressenti avec vous que là se trouvait le secret de ma rencontre, un cri terrible a surgi de ma mémoire.

 

Il est encore là, je le sens à chaque fois que je vous écris vraiment. Ce n'est pas humain, je n'ai aucune idée ou envie? de l'adapter à une "forme", mon seul désir est qu'il puisse résonner dans le temps qu'il me reste à en supporter le voyage.

 

Il y a deux jours, j'ai recroisé Cécile entre deux trains, et je regardais son visage, je voulais voir je crois dans ses yeux, sa bouche, quelque chose qui fasse écho à notre rencontre. Et puis s'en suit le bla bla des gens qui ne se sont pas revus depuis un bail et c'est terrible parce que ça ressemble à un concours "ikéa", de paroles en kit...

 

Et là le monde tel qu'il ne croira jamais au verbe réapparaît et ça me tue.

 

Revoir Jessy! Tu imagines combien c'est mémorable pour moi...Il y a eu un jour où mon regard sur toi a changé, un peu avant que tu ne partes, un jour où la réalité de l'autre est devenue "divine", j'ai vu! Pas toi mais à travers toi, j'ai vu l'existence!

 

Tu m'as laissé faire ce chemin à travers toi, par toi.

 

Je me souviens que tu n'aimais pas ce regard, peut-être avait-il l'air infantile ou chat mouillé mais ce que je voyais était perché, divin! Ça venait surprendre toute ma pensée, comme quelque chose dont je ne soupçonnais pas l'existence. Je ne l'avais jamais reconnu avant toi, je veux dire qui arrive par le visage de l'autre.

 

Est-ce cela l'âme? cette porte qui s'ouvre par l'éclat que provoque la présence de ce qui est vraiment autre?

 

Je n'ai encore rien écrit de ce moment. Mais je sens bien qu'il ordonne le temps quand je pense à vous. J'imagine que quand l'autre s'est déclaré en soi, l'amour fait signe. À tel point qu'après deux ou trois tentatives à vous revoir, il apparaît plus juste de ne plus intervenir tant ces croisements sont loin du vertige de la légèreté que veut l'existence.

 

La vie aime à croiser le fer avec l'enfer, l'existence, elle, en garde le sourire et le secret du paradis.

 

je vous dirai toujours "oui", quelle qu'en soit la forme, sûr à jamais que votre désir de me voir agira comme d'une caresse infinie.

 

Ne vous retiendrai plus jamais de mon histoire dont la pauvreté doit me garder de toute proposition.

 

Si j'ai rapport aujourd'hui avec une, ce ne sera que sur le besoin consenti de cette guerre! Une pute qui consentirait à me faire mac,c'est sûr, me sauverait de cet inconscient miséreux du père qui me tue!

 

Je n'aurai jamais la force pour m'extraire de l'enfant mort dont le rôle m'a été assigné. Il me faut un peu de chance pour y surseoir aujourd'hui et pour cela j'ai besoin de bas-fonds, de ce qui pue le corps, le crache, le claque, le fout, le bordélise.

 

Sinon je ne tiens pas mon corps, il me lâche dès le réveil de mon inconscient et il vient m'adhérer à la haine, à la connerie humaine.

 

Je veux vous foutre la paix. J'aimerais dire "je vous gracie" au sens de vous remercier pour l'instant fou de grâce que vous m'aurez donné.

 

Le reste, ça n'a pas d'importance.

 

Voilà.

 

Votre nom Jessy Pollak, culito, sera toujours un moment d'exception, une joie reconnue et infinie.

 

Bandément d'âme

 

Sébastien Braun

 

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09 avril 2019

Affût

C'est à dire que parfois nous traversons des tempêtes si violentes que nous perdons le cap, l'idée même d'un cap. Rien de plus humiliant que ces moments qui vous font oublier toute idée de grâce, de légèreté, de chant. J'envie souvent celui dont l'héritage est doté de suffisamment de bienveillance pour demeurer roseau dans l'ouragan. Ainsi les lois mécaniques qui régissent sa mémoire ne parviennent jamais à rompre la tige splendide dont est constitué son verbe. Une veille immatérielle poursuit le cavalier par monts et par vaux sans qu'aucun commandeur tapi dans l'ombre ne le désarçonne. Magique! 

 

Pour 1003 Hamlet combien d'Ulysse, de chevalier de Sengalt? Les autres dont je fais indubitablement partie n'auront d'autres choix que de tomber, souffrir, hurler, se plaindre (hélas), maudire, etc sans qu'aucun de ces pis-aller ne confinent à la moindre lueur de goût.

 

Reste ce soupçon de lucidité qui récuse à faire de cette bile un livre ou une pensée, et à attendre que dans ce royaume des morts un dieu miséricordieux nous emmène à nouveau dans sa clairière. 

 

S.

 

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