Sébastien J. Braun

20 novembre 2018

C'hors

J'avais très envie de son adresse ce soir. Comme si il y avait un temps qui appartenait juste à l'écriture et auquel on ne pourrait faire entendre raison de de qui se passe, s'est passé.

Je l'entends comme une sorte de faille à partir de quoi j'ai pu parler.

Sans cette adresse, je ne sais pas. Il y a un dédoublement qui ne s'opère pas, reste malgré lui victime des portes qui ont été ouvertes...Le que salubre est le vent devient une errance au n'importe quoi.

Je ressens bien ce soir que de ne pas écrire son nom me prive de l'ivresse de dire, que je sèche devant le "décor". C'est que son nom dévoilait un corps, des angles, des ombres, un mouvement. Sans ce nom, les mots se crispent, ne déclinent pas leur songe.

La clarté comme l'obscur ne se trahissent plus, deviennent complices du bien ou du mal, sans la moindre tendresse.

Et il y a mon fils, ces branches qui tanguent encore, un là en dehors de moi qui prend mon coeur, murmure une joie étrangère, me dit "il y a un chemin que tu ne connais pas", juste ceci : "un rappel".

......

-Qu'est-ce qu'aimer pour vous?

-Une élection.

-Un mariage?

-Je n'ai rien contre le mariage mais une élection n'est pas juste un mariage...

-De l"'Un"?

-Non!!! Tout le contraire! Elire est une guerre où la bienveillance à la fin l'emporte. Mais oui, c'est une guerre où la possibilité de disparaître est bien réelle.

-Mourir?

-Oui, mourir. D'où cette guerre pour que le désir demeure désir. Qui va accepter d'en passer par tout ce qu'il n'est pas pour s'affronter à ce qui est? Avec la honte, la souffrance, le déni, la folie que la mort a installé en nous?

-Aimer serait à ce prix là?

-Oui, non...Ce qui fait prix c'est son impossible. Pas sa réalité. Mais qui pourrait se targuer d'en éprouver le corps sans en passer par ce qui le refuse?

-refuse d'aimer ou de mourir?

-Qui refuse qu'aimer soit du côté de la mort...L'élection est la reconnaissance d'un infini qui passe par le corps de l'autre. Rien de plus, rien de moins.

-Ce ne serait pas juste l'élection d'un seul alors?

-Non. La question ne se pose pas en ces termes. Il n'y a pas de "nombres" là-dedans. Mais du "c'hors", de ce qui va altérer un être à ce point où ça échappe à sa condition de mortel en tant que tel.

-Et vous aurez appris ça d'une femme qui ne vous aimait pas...

-Apprendre??? Non non, il n'a jamais été question d'apprendre! Vous essayez d'établir une histoire entre deux êtres alors que je vous parle de ce qui échappe à un consentement. La bienveillance n'est pas une abdicaption, ni une adaptation...C'est une révolte contre l'assujetissement, contre l'identification.

-Elle reconnaît de soi ce qui fait autre?

-Oui! Elle inverse le rapport au temps. Ce n'est plus toi qui aime le temps mais le temps qui t'aime!

-Et si, et c'est le cas...elle ne veut plus de vous?

-C'est une foutre errance...Il y a un mélange très incertain entre ce que je dis, écris et l'autre. Je ne vois plus la différence entre le jour et la nuit, entre rien en fait...ça ne m'intéresse pas...Je délire...

-C'était aussi le cas quand elle était là...

-Non...Oui, c'est difficile de parler de ce moment parce que son "là" n'en était pas vraiment un. Elle se taisait beaucoup de ce qui lui faisait violence. Donc je ne sais pas si elle était là. Elle subissait sa présence ou sa non présence. Je m'en foutais au sens où il n'y avait pas de choix! C'était une guerre sans repère, il n'y avait pas le choix! On mettait la table, préparions le repas de cette "infortune" et là seule comptait pour moi la traversée...Dire dire dire jusqu'à plus soif...

-Un devoir chez elle, et chez vous une élection?

-Non. Il n'y a pas d'élection chez moi pendant les dix premières années. C'est juste du secouage de cocotier, qu'est-ce qu'on fout là etc...c'est un arrangement avec l'absurdité du désir, on compose avec son rien, son absence. C'est "à force de" qu'un soir, je m'en souviens très bien, je vois un détail de son coude, un pli, et je ne comprends rien rien à ce qui se passe mais je m'entends dire "c'est là".

-???

Je la "vois" pour la première fois, pas entière mais en partie, mais voir comme si j'étais en ce détail d'elle, comme si je n'étais plus que qu'un mouvement d'elle. J'ai cette impression de comprendre la peinture, la sculpture, la danse.Je vois le détail, le point, le trait. J'essaie de lui dire mais je ne sais pas le dire. Parce que depuis le départ je suis absorbé par le "tout", le trou du manque, la misère de la dette...

-élection...?

-Oui. C'est là où s'opère une perdition, une croyance. Coment vais-je faire pour soutenir cela n'est pas clair du tout..Parce que c'est insoutenable pour moi, je ne connais pas, au sens où je me sens totalement désarmé de transmission. Même écrire, mon écriture, est très loin de ce moment. J'écris comme aller à la messe, comme d'une prière, non comme une foi, une certitude. Je cherche...

-Il y a ce moment où elle vous offre de prendre des photos de sa chatte.

-Oui. C'est encore aujourd'hui un des plus beaux moments de mon existence. Ce que je vois me mesure à la joie, à ce qui me transgresse à jamais. Je ne reviendrai pas, me perdrai mais il y aura eu dans ma vie ces queques instants où je peux dire "je suis intact et c'est égal".

Avec amur et amour

SJ.Braun

 

 

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23 août 2018

"Ne me demandez pas

comment je suis mort, moi-même, je n'en sais rien"

David di Nota.

 

Aube, aucun vent, ciel pâle

Plus trop le choix maintenant

 

"Je" n'écris plus. Les repères ont disparu. Entre ma parole et l'autre il y aura eu un désaveu, un rapt, une trahison. Ce qui taraude, ronge, détruit est qu'il n'y a personne qui en soit l'instigateur. Je suis juste témoin de quelque chose qui n'aurait pas dû se passer. Personne...Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est d'ailleurs probablement parce que ça a touché parfois à la présence que le ravage aujourd'hui en est si violent!

Imaginez un labyrinthe, les murs sont hauts, les retours incessants, la sortie très incertaine. Chaque instant serait à la fois mêlé de l'excitation de trouver l'issue mais aussi de la répétition de plus en plus éprouvante à retourner sur ses pas ou à être de nouveau dans une impasse. C'est une allégorie du langage, tel qu'il fonctionne en nous, avec comme blessure signifiante la perte de son désir. La pensée ne parvient plus à faire la différence entre le legs et le dire, elle finit par se faire une raison de son impossible à s'éprouver dans l'autre. Elle devient totalitaire de son "moi", fait de l'autre la cause de son incurie. La haine a gagné ou la culpabilité. C'est même famille en ce sens qu'elles font de l'autre une dette, un passé, un avoir. L'être a disparu.

 

"Fais en sorte que je puisse te parler".

 

Relire "Drame", "Nombres", "Lois", "H" comme les livres d'une rencontre. Il était une fois...pourquoi pas...

 

Un liseré orangé anime la cime des arbres

Séville, Zafra, Merida, Caceres, Salamanque, Astorga

chaque pas me donnait envie de crier, c'en était pathétique

ton nom me harcelait comme chaque pierre sous mes pieds

Impossible pensée que chaque soir je noyais dans le silence des cervoises

 

J'ai joui deux trois fois de l'apaisement du décor

souri aussi de quelques rencontres opportunes

n'ai pas eu courage d'aller prier et

ne suis pas sûr d'avoir trouvé cet "encore" que j'étais parti chercher.

 

Un liseré orangé anime les feuilles éparpillées

le bleu du ciel me lit mieux que je ne l'entends

Andiam

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 juillet 2018

pause

-C'est la fin de ce blog?

-Je crois oui...Ça a fait son temps...De joie, de peine, de foi, de désespoir...Un bout de vie...

-La rencontre avec Tabi ?

-Oui, aussi. Passer à autre chose, une autre adresse, ne pas s'allanguir dans ce qui d'une certaine façon redoutait la solitude du jour.

-la nuit est belle ce soir

-Oui, il y a un trait rose qui traverse le ciel, on dirait une jarretelle, une pointe de jour sur les arbres noirs.

-Une soupçon de clairière sur le noir continent...

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-Oui, juste un instant. Tout est devenu si faux, si arrangé...On fait si peine à voir souvent dans notre quête...Je pensais à ça en rencontrant Tabi, à comment on peut maintenir un "mouvement".

-Une distance?

-Oui mais pas physique, plutôt de goût, de sens. Laisser au désir son temps, quel qu'il soit!

-Veiller à ce qu'il reste sur une jetée battue par l'écume...

-Sourire, oui, quelque chose qui ressemble à ce moment, à son embardée.

-Ce qui va demander une grande dépossession de soi...

-Ô oui...foutrement oui! Ne pas rater les belles de nuit...Ne jamais arrêter ce qui en fait le mouvement..

-Et leurs apparitions!

-Ne jamais essayer de les mettre au "jour"...passer outre leur "sirènes"...

-Et marcher...

-Voilà...marcher, je ne vois rien d'autre qui soit plus juste aujourd'hui.

-Marcher comme traverser tous les mythes, les attentes, les dettes...

-comme maintenir aimer au point zéro de la parole, demeurer disponible à son passage, écouter ce qu'il viendra vous dire là d'une.

-On se dit au revoir là?

-Oui. À bientôt, sur le chemin.

 

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03 juillet 2018

" Laus propria sordet. "


C'est encore le jour;  je viens d'arroser les roses, les hortensias, les salades, les tomates, la glycine, le chèvrefeuille, le basilic, le thym, les fraises (En creuse les fraises arrivent en Août)
Je ressens une sorte d'ivresse due au vin mais aussi à un passage.
J'ai l'impression (un peu) que ce passage correspond à un choix, qu'au travers de toute cette nuit de combat, une forme de douceur se propose. C'est très flou encore et ça me fait étrange de vous dire cela à vous. Mais justement ça me plaît de vous le dire précisément à vous.
Vous seriez mon ennemi non en tant qu'être mais en tant que femme, ennemie au sens d'une séparation, de quelque chose qui ne nous rassemblera jamais, un songe comme d'un délire. C'est très beau cette rencontre parce qu'elle intervient à un moment de "passage".
J'ai eu à faire face à une énigme dernièrement qui me proposait une relation à l'être sans amour. Dans "son" sens là sans amour voulait dire sans corps. Je ne savais pas ou plus quoi entendre par "être"? De quel bois il pouvait être donc fait si il supposait ni corps ni amour?
je ne juge pas cette femme qui est venue me dire cela. J'ai vécu avec elle, parlé des milliers d'heures, et n'aurais jamais envisagé recevoir
" Il me semble plus juste en ce qui me concerne, de parler d’une relation d’être avec toi, que d’une relation d’amour, mes confrontations avec aimer sont cinglantes, sanglantes, douteuses, je n’en veux pas"
Cela serait audible si il y avait une relation charnelle
mais si même pas le corps, de quel "être" parle-ton?
Du cadavre...De sa décomposition. De son meurtre.
Je ne croyais pas que cet enfer d'une vision de l'autre pouvait exister mais elle est attenante à quelque chose de plus fou encore.
En découvrant votre texte d'hier, j'ai frémis de sa consonance d'avec ce rien. Il va résonner longtemps en moi parce qu'il met en scène la barbarie, le lynchage, l'exécution.
la seule différence et elle est de grande importance, c'est que quand vous le dîtes, ça vous excite. Il y a un corps qui accepte sa folie, qui la réclame, non en tant que telle quelle forcément, mais qui n'en veut pas s'en sublimer.
Pour le dire autrement, vous vous reconnaissez dans la langue, aussi folle soit-elle. J. s'y refuse parce que son corps est né monstrueux avant que d'être. c'est autistique au sens où il n'y a pas de lien entre son histoire et le corps. Pas de pièce à jouer. pas de théâtre possible.
..........
je pense à votre enfant de 6 ans autiste . Ce qui est fou dans ce rapport est qu'il ne peut que se révolter d'être "reconnu", "aimé"  par l'autre. Sans cela il crève. mais il n'y a pas de pont entre son besoin et son ressenti. Il est coupé de sa notion de besoin. Coupé ne veut pas dire qu'il ne la ressent pas mais qu'il ne peut l'agir comme sujet. Cette dépendance est insupportable. Parce qu'il la reconnait mais ne peut la faire sienne. Du coup il frappe, injurie, parce que c'est sa seule façon de dire qu'il veut en être.
J. a ça, ce côté autiste qui l'a séparé de son corps depuis toujours. De suite quand je l'ai rencontrée, j'ai su mais pas cru que je ne pourrai pas modifier le cours du rapport entre corps et langage.
Il y a un grand rapport entre ces 12 ans passés avec elle et vous. Mieux écouter, mais aussi ne pas craindre ce que l'on a traversé, parvenir à aimer le présent, sa furtivité, son excellence.
l'autisme au milieu ou le livre.
......
Là c'est le début, je découvre mon corps face à vous. Vous me proposez d'y être comme nulle ne l'a jamais fait.

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01 juillet 2018

Simple échancrure



Il y a longtemps que je pense mon âme sauvée. Un peu au sens d'être resté fidèle à ce qui fit foi chez moi très tôt. Ma lutte aura été de m'en sentir concerné. Que cette foi me touche, passe par moi, par mon corps.
 
J'ai su très tôt qu'entre mon héritage et ce monde, il y aurait un décalage. Mon corps servirait de lieu d'"échange". C'est très étrange de penser qu'un corps d'homme est pris entre les camps de concentration (meurtre du père)  et le féminisme (haine du père). Entre le rien et "la toute".
 
Ma chance, je te l'ai dit, aura été de rencontrer des femmes qui n'"adhéraient" pas, mais ce fut bref.
 
Toi, tu viens me trouver là. J'ai l'impression qu'il y a des siècles que je n'ai pas senti cet impératif de me tenir "prêt". En te rencontrant j'ai commencé à ressentir que mon âme retrouvait son foutre. Quand je te parle de foutre, j'entends mon archet.
...........
 
Je te donnerai ça de moi, cette foi en ce qui est beau chez un homme, gratuit, sans aucun calcul.
 
.......................
 
Je me fous bel et bien du reste, n'en ressens aucune jalousie ou contrainte, te punirai uniquement de ne pas le reconnaître. Je ne crois pas de mon vivant avoir senti autant d'exactitude dans le "temps".
 
Ça suppose deux êtres qui n'ont pas menti de leur présence, qui savent se reconnaître là, dans l'exigence de ce qui les appelle, les convoque.
 
J'ai eu crainte à un moment que nos échanges épistolaires nous convient au murmure, à éviter qu'on se touche. Je n'en crois rien depuis votre dernière lettre, non pas tant par le désir du "choking" mais surtout par cette libération du style.
 
Jamais ne vous ai lu dans cette justesse du verbe. Sérieusement, quelle différence entre le côté ampoulé de vos premiers écrits et ce "lâcher prise" de ce dernier.
 
Ce texte en disait bien plus loin que toutes les "je suis votre salope" que vous pourriez dire. Comment vous dire que j'ai eu en vous lisant l'impression d'une naissance!
 
..........
 
Ce jour là j'ai cessé d'avoir peur de vous, de moi. Je passais d'une attente à un acte, emmener ma voix à nouveau par les chemins, lui réapprendre à "physiquement" dire oui.
 
.........
 
Le soir tombe, je vois mon ancien amour s'éteindre à la nuit venant, quelque chose en moi la laisse partir dans une sorte de dépossession de ce qui crie en moi...cri dont je n'ai jamais cru qu'elle en portait la cause, mais juste la parure, le non rendez-vous qui fascine tant l'objet, tant la mort à venir...
 
le manque, la tristesse racontent un désaccord d'une histoire qui n'est pas la nôtre et dont hélas nous n'avons pas les "mots" pour ne pas en subir le corps.
 
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Mais vous, ce n'est pas un manque ou une tristesse qui vous animent. C'est de ne pas y retourner. C'est très fort chez vous, cette rupture. Vous savez que de retourner là est inutile, vous nuira.
 
Vous choisissez d'aimer les hommes, de vous y confronter, de ne pas revenir à ce mot de "mère" auquel vous n'avez pas droit et vous en préférez l'ardente inconnue.
 
Vous vous devrez d'être amoureuse, toujours.
 
Votre joie passera par des hommes qui vous reconnaissent en cette intention, passeront par vous pour être, vous maintiendront dans votre joie d'être.
 
......
 
J'aime être mortel depuis ma rencontre avec vous. Je commence même à me débarrasser de l'idée de "séances" quand vous venez me voir, sachant que le plus important pour vous est que je ne vous cherche pas, mais trouve qui ne passera pas par vous ce matin là.
 
C'est une version des faits.
 
L'autre voudrait que je provoque votre existence, l'embarque à tenir sa folie, la contraigne du sens.
 
..........
 
j'ai aimé te gifler, te mettre tête sur le billot, et ne pense pas qu'en t'écrivant ce soir, que je sache quoi que soit du moment où je te reverrai.
 
.............
 
Tu ne contrôleras pas ce que tu crois savoir. 
 
Chaque fois que je te demande quelque chose d'anodin, la seule chose que j'écoute au delà du fait que tu le fasses au pas, est dans le détail.
 
............
 
je reçois votre photo, sa couleur rouge, sa sanguine.
 

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17 juin 2018

cet air de rien

Caresser quelqu'un jusqu'à le débarrasser de son angoisse, pour toujours,
Peter Handke

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12 juin 2018

retard

-Comment? Comment aller le chercher?

-Je ne sais pas encore. Il est clair que le corps est dédoublé. l'un des deux est clairement sur l'autre rive, sourd, aveugle, mort pour résumer. Se pose la question de l'écriture, de sa distance par rapport à ce corps là. Peut-elle refuser d'écouter sa plainte? Ne pas forcément tenter de suite d'aller le chercher? Pari pascalien sans doute. Mais qui pourrait aussi se dire ainsi : "je vis ce que j'écris et non j'écris ce que je vis". (Sollers)

-Contre la maladie de la mort?

-Oui. Avant qu'elle ne vous rattrappe, vienne s'intercaler entre votre corps et ce qui pense. "Je vis ce que j'écris" est de l'ordre de la raison autant que de la foi. Une femme, un homme, un lieu. Tout se termine par un livre. C'est mieux qu'un malentendu, non?

-Le serpent?

-Rires. Si vous voulez! Le serpent-un ou le serpent-rien. Soit tu es moi, soit tu es mort. Entre les deux presque rien. Mais ce "presque rien" c'est Montaigne, Michel-Ange, Rodin, Bach etc...Des noms qui s'infinitisent dans le fini. Je me demandais pourquoi parfois il me troublait de les savoir "morts". Ce trouble prouvait que j'étais coincé sur l'autre rive.

-En retard?

-Très. Tous mes rêves ont à peu près la même structure, qui consiste à ne jamais parvenir à temps au rendez-vous.

-Du coup vous écrivez ce que vous vivez...

-Voilà. Je n'arrive pas à retourner l'hamlet. (jeu de mot emprunté à H.Toro qui disait "on ne fait pas d'hamlet sans casser des oeufs")

 

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08 juin 2018

round sunday

-Tous les dimanches?

-Quasiment oui. Un vrai rituel. Une messe, un banquet. On aurait pu la placer sous cette bannière : "non pas réussir mais répéter jusqu'à plus soif pourquoi ça rate"..Il y avait des répétitions, mais moins que ce que la mémoire le croit aujourd'hui. L'enjeu consistait à se débarasser du continent noir, du trucage maternel si vous voulez par lequel quelque chose ne pouvait pas être vécu. Le tableau représente une femme et un homme qui s'affrontent face à ce qui leur refuse une altérité. Chaque dimanche, il s'agit d'ouvrir une brèche, de poser la question autrement, de maintenir le refus qui leur fait front à flot, de ne pas céder devant l'impossible qui régit une bonne partie de leurs pensées. C'est un travail de sape, parfois brutal ( on appellera ce moment celui de la troisième bouteille) qui la plupart du temps renverra ses hôtes dans les cordes. Je ne pense pas avoir connu de proximité plus grande avec le verbe "être" que le long de ces années, ni avoir approché de si près le verbe "aimer". D'où ma douleur quand elle décida de cesser l'entretien, déclarant qu'il ne s'agissait point d'amour. 

-Pouvait-elle dire autre chose, une fois partie?

-Quand elle décide de ne plus vivre ici, c'est une question de forme. La forme c'est le style. C'est le voyage si vous voulez. Il est multiple, et très singulier. Ce n'est pas tant son départ qui m'affecte mais comment il va chercher à nier ce qui était en jeu dans cette rencontre. Et là c'est perdu. la nuit s'éteind, le jour s'en va. La tristesse devient immense. Ce sera le dernier son qui sortira de ma bouche à son attention. je n'en ai plus d'autres. Ce qui n'aurait jamais dû se produire a eu lieu. Il me reste l'écriture, cette petite flamme d'un jour aimé, ce tremblement d'un songe que j'aurai vu de près. Il me reste à le raconter simplement, en hommage.

-En son hommage?

-Oui, bien sûr. À ces quelques moments où à travers l'obscurité un peu de réel a pris feu, a pris corps. Entendez par là une sorte de trouée dans le verbe, charnelle au sens où ça "voit". Où "je" devient autre, n'est plus soi. Faire l'amour c'est cela, un renversement du sujet, cela peut avoir lieu dans l'ébat autant que dans le geste le plus simple. Il y a une depossession de soi. Tu ne sais plus à qui appartient ce bras, cette jambe, ni même cette voix, ou ces yeux. C'est très rare, on dirait presqu'un monde oublié. Quand ça se produit, quelque chose s'ouvre qui te décale à jamais de toi. C'est même très compliqué de se retrouver avec soi-même après. Comme si tu savais que tu n'étais pas vraiment vivant en dehors de ce moment là. Et tu n'as pas les clefs pour y demeurer...C'est insupportable parce que rien ou presque dans ce monde ne résonne à l'écho de cet "enlèvement". Mais aussi surtout parce que la plainte, ton poison, continue de couler en toi. Comme si il était impossible de quitter sa propre histoire, de l'abattre une bonne fois pour toute.

-D'où votre manque de foi.

-plutôt de "débilité", d'immobilisme. Je ne manque pas de foi, mais de volonté, de désir. Il y a trop de désincarnation chez moi. Ça a creusé une distance quasi irréparable. D'où toutes mes tentations de créer un "bordel" au sens propre, un "bleu du ciel". Parce que mon corps est gagé, il "doit". Je ne sais rien évidemment de ce que je suis en train de faire. Je sens que ça me heurte au sens où c'est totalement sans amour. Mais allez savoir! De toute façon, c'est cela ou mourir à petit feu d'un corps qui me reste étranger. Et ne comptez pas sur moi pour lui faire faire du yoga ou de la sophrologie. Je préfère crever que d'abandonner ma langue. Jouir de soi appartient au diable et à ses sbires. Ce rêve de faire "un" de soi-même conduit à l'holocauste.

-Pourquoi elle?

-Le plus juste serait de répondre : parce que elle se présente. Je ne me pose pas vraiment la question quand elle vient dans ma chambre. Cette réponse n'est pas tout à fait honnête. Mais il faudrait que je raconte l'histoire et je ne sais pas faire ça. Je ne sais pas raconter les faits. Toujours cette impression que l'histoire ne se déroule pas selon les faits. Il n'y a pas de "elle" pas plus qu'il n'y a de moi. Si il y a quelque chose qui fait de cette rencontre son "lieu" c'est probablement que ça s'est joué "entre". Sa force, sa justesse, sa tendresse, et selon moi son amour, tiennent d'avoir bouleversé le code, l'inscription. C'est une rencontre "infernale" en ce sens qu'elle met en scène ce qui nous nie.

-Une rencontre à l'envers?

-À rebours, oui, probablement. Elle ne s'arrangera de rien, refusera de faire fi de ce qui nous hante séparément. J'ai vraiment pensé que quelque soit la forme qu'elle prendrait, il n'y aurait jamais de remise en question de son existence. Qu'à aucun moment l'un des deux dirait qu'il ne s'agissait pas d'amour. Qu'on soit séparé ou pas. Après il est possible que son évacuation du terme "aimer" ne s'adresse nullement à moi. Mais quand même, il fallait oser l'écrire, l'adresser. Je veux dire que dans ce choix, elle a préféré me tuer plutôt que l'autre. Non pas un autre homme mais "Elle".

-Ou Lui?

-Lui, son père n'est qu'une version d'elle. Mais possible. Peu importe, le barrage a fini par l'emporter. Ça se termine dans la domesticité des sens. Dans le fini. Again. Vulgaire comme l'est tout meurtre. le pire étant qu'il n'y a pas de coupable ou d'innocent. La fin d'un entretien, c'est cela. L'infini disparaît, laisse place au souvenir, qui sera tout ce que vous voulez sauf la justesse du moment. Même la mort devient irréelle, absente. Ce qu'il reste c'est que ça n'a pas eu lieu. Ça me rend fou. J'ai envie de dire "lucidement fou".

-Vous voyiez votre rencontre comme une "oeuvre d'art".

-Un crime parfait! J'ai eu le long de ces 12 ans des doutes, bien sûr. Au sens où ma morale, ma pensée atteignaient des limites du supportable mais ça résistait sans cesse, ça ne cessait de "creuser", de heurter mais pas au sens de savoir la vérité, mais de dire "encore". Ce "encore" que vous êtes en train de lire aujourd'hui malgré ce que j'en dis.

-C'est fou parce que depuis trois ans, vous continuez à "creuser" comme vous dîtes et refusez le verdict.

-C'est cela. J'apprends encore. J'ai trouvé par le blog comment ne plus m'adresser à elle mais sachant qu'elle peut m'y lire. je dois continuer cet "infini" en le donnant à d'autres, en pâture, en "sensure" parce que aucun de ceux qui m'auront lu n'auront eu l'audace de me dire leur nom.

-Comme au bordel?

-Oui. Exactement. je suis leur pute. De même pour J. puisque je suppose qu'elle vient lire de temps à autre.

-C'est peut-être ce qui la faire jouir de vous...Que vous soyez sa pute.

-Il est clair en tout cas qu'elle eusse aimée que je sois son mac. Depuis le départ. Dès qu'elle a prononcé ces mots "je ne suis pas une femme". Ma connerie ça a été de penser qu'on peut vaincre ce qui fait "trou" par la parole, par la substitution du corps marqué par le discours. Quel manque d'oreille chez moi! Elle ne sait pas ce que veut dire de passer d'une jouissance "une" à une jouissance "autre". je n'ai pas joué ce "passage", ai voulu l'adopter à ma césure.

-Peut-être que J. c'est cela, l'apprentissage de l'écoute.

-Oui. Peut-être que la grande leçon que j'ai reçue, c'est l'écoute.

-Elle ne pouvait pas vous aider. C'est physique. Ce qui n'est pas là pour elle ne peut se savoir.

-Je suis d'accord. j'étais trop en retard face à ce qui la transgresserait. Je suis resté coincé dans mon combat, ma dette. Elle ne pouvait pas me voir dans ma crainte. On n'est pas deux dans une rencontre. Mais seul à seul. Tout tient de l'écoute de ce "seul".

-Vous voyez, la vie continue. Le ratage c'est cela. Une situation. Quand cette femme vient dans votre lit, elle sait que c'est demeure conjugale. C'est un point de départ. Elle ne vient pas coucher avec vous uniquement. Elle rend visite aussi à votre épouse. Elle le dira par la suite. Jusqu'à même aller la voir, un bouquet de fleurs à la main. Que vient-elle lui dire? Maman? Peut-être. Et?

-Elle sait qu'il faut une autre femme pour devenir. Une autre histoire que la sienne. Une autre histoire que toutes les histoires qu'elle connaît ou qui sont inscrites.

-On en revient à votre épouse. À la mère de votre fils.

-Si je réponds à partir de moi, c'est coupable. Je suis à dix mille lieux d'entendre ce qui se joue et c'est terrible parce que ça a ieu sous mes yeux. Je nie en bloc, refuse la donne. Ça m'échappe au sens où je ne sais rien, et que physiquement je ne conçois pas de me taire.

-On va en rester là...

 

 

 

-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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07 juin 2018

mise à mort 3

Nuit précédant l'aube encore là il y aura eu très peu d'autres heures dans ma traversée d'heures vibrantes s'entend quand la pointe du jour est la pointe du couteau ouvrant d'un trait son coeur le sang qui baigne le coeur est aussi pensée la raison est avant tout un battement un code sésame ouvrant sur la clairière baigneuses alanguies sur l'herbe fraîche chacun de mes rêves figure son corps nu persiste en sa danse maintient la plume en état de ballet je ne suis jamais parvenu avec J. à cette caresse qui glisse sous la peau fond le regard dans l'âme chair devenant chère carino que te quiero verde ciel au bleu d'orage yo ya no soy yo pas de retour chez moi entre avoir été être devenir c'est intact le reste est comédie tragédie veau vache cochon couvée on pourrait écrire des heures sur ce choix préféré du malentendu sa cotation en bourse ses certitudes narcissiques ce goût prononcé pour l'exercice du pouvoir elle préfèrera toujours te haîr plutôt que d'aimer ça s'écrit ainsi et elle n'en veut rien savoir l'exception ne la concerne pas aucun homme ne sera autre chose qu'un sexe dressé ou un trou c'est dit emballé pesé ça ne la dérange pas d'entendre que ce texte lui a été fourré dans le cul dès le départ elle y tient mordicus le défendra méchamment comme cette femme qui rêvait toutes les nuits qu'elle rennaissait d'elle-même on est très loin de l'assomption du renversement fils devenant père de sa mère je l'appelais culito désignant le lieu de l'extraction de la totalitaire qui couvait j'avais lu ça d'une que j'aime elle avait intitulé l'acte "du bienfait de l'enculade" expurger la mère de là de son ventre faire tabula rasa redécouvrir la prière la vraie trinité sans quoi aimer est juste une question de dette où ça compte compte ses gages cherchant sans cesse à désigner un coupable en lieu et place de son corps devenu inaudible

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tout est paradis dans cet enfer

"C’est une façon d’insister sur le son . D’abord, encore et toujours le son. L’expérience continue de la répétition et du rythme est une tentative avouée de produire un corps en train d’ éjecter tout corps. Conséquence clinique immédiate : il s’agit de « voir » à travers les corps la manière dont ces corps s’empêchent de se voir comme corps, comment ils sont assis sur leur pensée empêtrée de corps, l’ironie terrible qui les enterre dans leur sexe auquel ils tiennent comme au principe de toute mystification. Ça ne parle pas plus loin que le sexe en corps l’interdit au corps qui tient à son sexe : hommes d’un côté, femmes de l’autre. Ils sont là, ils croient se percevoir chacun sur son bord, ils se haïssent mortellement, ils appellent vie, pensée, histoire, politique, événement, amour, la circulation de cette mort dans la mort. La planète consomme beaucoup, idem pour la langue qu’elle ne peut pas s’empêcher de parler à travers ses langues. Pas besoin de mixer les langues, il suffit d’attraper leurs gestes  : les vivants parlent pour déguiser leur pensée, mais comme leur pensée les déguise avant même qu’ils l’aient pensée, on peut arriver très vite à la vision nette de ce qu’ils pensent être leur secret, d’où le comique.
Le pouvoir se fait à coup de secret, c’est pourquoi il est « tourbillon d’hilarité et d’horreur ». Le sujet de l’expérience peut passer sans transition et constamment de l’une à l’autre sensation, là où en général ne règne qu’une reconduction du malaise. Ça hésite en bavardant du malaise : purgatoire quotidien. Mais Sade, lui, en écrivant, trouve la formule même : « tout est paradis dans cet enfer ». Il faut entendre paradis , comme on dit « tragédie », « comédie ».
Le fond , eh bien le fond, le fond, le fond, que voulez-vous, le fond, le problème, c’est toujours le même, depuis que Nietzsche l’a nommé par son nom : le nihilisme. On ne peut pas ne pas constater qu’il fait rage, philosophiquement, socialement et psychanalytiquement rage, et littéralement rage, journalistiquement, radiophoniquement et téléphatiquement. Donc, il y a un délire à traverser (Artaud, Céline) un détachement à trouver (Joyce). C’est un jeu d’enfant, en cours de route, de se substituer aux substituteurs, d’imiter les imitateurs, de plagier les plagieurs, de renévroser les névroses, de psychotiser les psychoses, et surtout, de déféticher les féticheurs, de réensorceler les sorcières et les envoûteurs insconscients , bien sûr, peu importe. Bref, il faut relire la Tempête , et tout de même faire un pas de plus, par exemple en jetant de temps en temps un coup d’ ?il sur la Bible, le recueil qui fait le plus peur à tous les modernes, celui qui les scandalise le plus et choque le plus intimement leur incroyable pudeur. Incroyable, parce que cette pudeur se croit affranchie alors qu’elle barbote dans une obscénité élémentaire qui va de l’obsession du cadavre à l’opaque misère de leurs organes chauffés, réchauffés, glacés en contreplaqué, avec le cortège habituel de culte en occulte, et tous ces mythes, dieu, toutes ces rêveries sur fond-mythe, éternel retour d’un phénomène qui se prendrait pour le retour éternel, lequel reste difficile, très difficile, très abrupt, très dur. Et en même temps si facile. Facile .
« Il y a dans l’homme un vice fondamental ; il est indispensable de le dépasser. Essaye ! »
Ou encore : « dès que l’homme s’est parfaitement identifié à l’humanité, il commence à mouvoir la nature entière ».
On peut d’ailleurs laisser tomber ici la nature et « l’homme », mais il est clair que lorsqu’on parle de la « folie » de Nietzsche disant « tous les noms de l’histoire, au fond, c’est moi », on se dérobe au sens d’une expérience qui invente à travers cette traversée des noms à la fois une autre histoire et une autre énonciation. Voix derrière la voix, intervalles vides martelant la voix, voix rassemblant des voix dans les accents de leurs traces, table rase et cylindre, roue et infini du volume remis à plat, sortie du cadre, de tous les cadres-séquences, fantasmes cadrés, frontalement encadrés pour l’écran d’on ne sait quel cinéma. C’est à l’écoute que ça va se jouer, et de plus en plus vers une quatrième oreille, la troisième se bouchant et se rebouchant entre fauteuil et divan. Tout ce qui s’écrit, se publie, relève du coup du ciseau de l’analyse, et l’inflation actuelle comme exhibition et sursaturation montre bien que l’époque le sait confusément. Mais que l’interprétation analytique soit vraie à cent pour cent, laisse intact le problème du nihilisme, dont les trois têtes s’appellent politique, art, religion. Forcer l’écriture à être au-delà de ces trois impasses, et à être le sens percutant montrant ces impasses, et un sens qui ne dit pas ni oui ni non mais complètement oui dans le non, pourrait alors entamer deux mille ans d’histoire et transformer le vieux genre apocalyptique en féérie d’un rire comme il n’en a pas été ri.

Philippe Sollers

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05 juin 2018

Mise à mort 2

-Votre idée?

-Plus tard. Retenez juste : "l'objet de l'idée qui constitue l'âme humaine est le corps." C'est toujours à partir de ce point qu'il faut s'accrocher, tenir. C'est de sa mise en scène que ton sort se joue, s'est joué, se jouera. D'un côté le texte, de l'autre une faille. On reconnaît de suite un être qui est passé par là, qui a traversé.

-"À la limite de son mouvement la pensée est l'impudeur, l'obscénité même".

-Oui. On parlait d'instinct de survie tout à l'heure. Ce moment où face au texte qui étouffe, le corps éructe, enfonce la langue, en provoque la crise. Bleu du ciel, Sexus, Septentrion, Justine, H, la liste est longue et je ne cite que les écrivains. À ceux-là vous pourriez rajouter les peintres (C'est encore plus visible. Entendre, c'est voir.) les sculpteurs, compositeurs.

-C'est ce qui n'a pas eu lieu avec J. ?

-Exactement. Ce non-lieu est une horreur métaphysique. Un enfer. Le mien. Je me voulais Ulysse, je ne suis que Ménélas...Je voyais Pénélope, elle est Hélène.

-C'est à dire qu'elle ne va cesser de vous trahir?

-Qu'elle ne va cesser de le vouloir, oui. Et elle le fera. En secret. C'est le texte de sa mère qui parle à travers elle. Et ce texte veut me détruire. C'est de là où elle tire jouissance. La question qui évidemment me revient dans la gueule, c'est pourquoi je n'ai pas accès au texte qui cesserait de me faire "fils" de cette mère, qui culbuterait la madonne pour en faire ma fille.

-Parce que le père a fait de vous sa dette?

-Et ma mère son témoin à charge. C'est beaucoup. Doublement castré. Je retiendrai deux phrases d'eux : "ton père est bien plus beau que toi" et "tu me dois" qui commence nombre de phrases quand il s'adresse à moi. C'est ce texte qui me prive d'instinct de survie, qui me joue bien davantage que je le crois.

-Et vous pensiez que J. Vous sauverait?

-Sûrement. Je pensais qu'elle m'élirait. Entendez par là qu'elle cracherait son texte face à moi et non derrière mon dos. Qu'elle agirait différemment de celle qui m'avait épousé et dont le passe temps était de coucher avec mes amis.

-Décidément, ça se répète...

-Oui! C'est sans pitié le texte des mères. "le monde appartient aux femmes, c'est à dire à la mort". Et nul doute que mon errance domestique n'a pas aidé puisque mon accès au corps s'y refuse.

-?

-C'est que pour avoir accès au corps, je dois traverser l'enfer de mon texte. Le boire jusqu'à la lie. Jusqu'à le perdre.

-Par texte vous entendez la soumission de votre pensée à ce qui est préécrit ?

-J'entends ce qui fait de moi un être désincarné dans ce texte et la difficulté à en écrire un autre.

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04 juin 2018

Mise à mort

-Plus rien ?

-Vidé, je crois. Ça refuse, se refuse? à dire. Evidemment je ne peux savoir de quoi il s'agit vraiment. Mes pensées peuvent désigner tel point ou un autre mais je ne les "sens" plus.

-Resterait à survivre...?

-Vous voyez, c'est ce qu'il me manque. Quand vous dîtes le mot "survie", j'entends que je ne peux pas. C'est sûrement de ce côté qu'il faut chercher. Pourquoi face au drame, face à ce moment où l'existence est menacée, je ne peux pas. L'expression qui me vient est "je suis siphonné".

-Attiré par le fond ?

-Non, pas attiré (quoique?) mais aspiré. Il ne me semble pas que je le veuille. Je perçois juste le "refus". Commandeur? Probable. Dès le départ il y a un "tu ne vivras pas". C'est probablement ce qu'en chemin tu découvres. C'est bien plus fort qu'eux aussi. Les parents possèdent rarement leur texte. Très peu de toute façon possèdent leur texte, il ne faut pas rêver. On naît avec, c'est quasi déjà tout écrit. Certains le supportent ou font avec, d'autres non. Ce n'est même pas un choix. Tout dépend de la "césure", de ce moment où le texte sera refusé. Ça ne donnera pas forcément "une saison en enfer", je veux dire qu'être capable de décrire le mécanisme qui opère dans cette folie qu'est la négation relève du plus singulier et en même temps cette exception fait tout le sel de l'humanité. Ele serait anéantie depuis belle lurette si de temps à autre quelqu'un ne venait pas en réinventer le texte.

-Vous parliez de vos parents.

-Oui, non...Il est possible que ce manque d'instinct de survie provienne de leurs spécificités. À la limite ça m'importe peu aujourd'hui. Plus important serait pour moi de trouver ce qui d'être absent ne me permet pas de rester debout. De pouvoir inventer une forme qui s'y substituerait.

-Vous avez une idée ?

-Oui

 

 

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24 mai 2018

fuck you, me

La phrase est venue seule
impossible de la retenir
elle me met face à quelque chose qui me déborde
Après c'est trop tard. Elle est partie. C'est ce qu'elle voulait, j'imagine. Dire au delà de mon contrôle, me forcer à écouter.
Me forcer à reconnaître que la douleur qui a trait à mon existence est plus vraie que moi.
Depuis cette histoire de vente, je sentais qu'il me fallait limiter mes échanges, je demandais à Mme C. de me remplacer pour vous demander des choses, je me doutais que ça pouvait craquer, je ne savais pas comment, c'est tout.
Pendant plusieurs semaines je m'étais défendu de votre dernière lettre en écrivant sur mon blog tout ce qu'elle avait suscité, tentant désespérément de ne pas perdre le fil de ce en quoi j'avais cru en vous rencontrant, garder une distance d'avec le coup de poignard que j'avais reçu en la lisant.
Je savais qu'après la lecture, je serais totalement perdu, me demandant si il y avait une seule chose de réel le long de ces années. Ce "pas d'amour" rejoignait tous les autres et s'il n'était mon fils, je crois que je n'aurais même plus essayer d'écrire.

Je me disais qu'avec mes faibles moyens, j'avais quand même tenté une sortie, que sans doute mon passif était trop chargé pour me garder en la joie de cette "sortie", je ne blâmais rien ni personne, acceptais le verdict sévère de ma parcimonie.
Plus les semaines passaient, plus je devenais spectateur de mon errance. Je pensais garder le silence à jamais vous concernant, préférant qu'il prenne la main plutôt que de me retrouver dans la situation présente, m'adresser à nouveau à une femme qui ni me désire, ni m'aime.
Et puis cette phrase qui prend partie de se dire contre ma conscience, qui vient me signaler que j'ai franchi une limite, comme si j'étais devenu un objet de moquerie, un chien, une bête immonde.
Il me reste de ne pas avoir peur d'en passer par la dégradation, de l'accepter comme poison et remède à mon existence, tant il devient clair que mon corps se désincarne, n'est plus déjà qu'un lointain souvenir de son art d'aimer, de ce qui le faisait trembler quand le désir venait le caresser.
j'imagine que ce "je suis triste" voulait me faire dire ça, dire mon impuissance à vivre depuis que vous avez mis le voile sur ma bêtise. J'ai pris votre dernière lettre comme un "glas", un lieu où je ne pourrais plus vous suivre.
Je comprenais que vous n'aviez plus besoin de moi, et ça a crée un cratère, un inconcevable.
J'avais remplacé le mot monde par celui de J., sans entendre le risque que je prenais. Je pense encore avoir raison d'avoir fait ce choix. Je le trouve plus juste que le monde. Je suis d'accord pour ne pas craindre mon échec. "C'est dommage" comme vous dîtes que je ne puisse pas à l'instar d'un Dante en porter la fièvre jusqu'à faire passer mon existence par son biais. Que j'en reste à la porte, fatigué et triste.
Vous aviez sans doute plus intérêt à défendre votre peau qu'à me prêter bienveillance. Votre lettre de ce matin le confirme. Qu'importe, ça n'aurait pas dû affecter ma foi.
Cela dit juste que l'attente m'a rendu prisonnier et tenu écarté de ma croyance. Cet aveu de tristesse ne raconte que le cheminement qui m'a mené au langage, à la parole, ses ambiguïtés, ses failles. je n'ai pas réussi à ramener le corps sur le devant de la scène et en subis les conséquences, le râle.
Je crois savoir depuis que je lis qu'il n'est question que de cela, que toute pensée doit passer par le corps qui lui en indiquera un autre chemin, et non une fin en soi.
C'est à partir de ce schème que la pensée ne deviendra pas un dogme ou une abrutissante réduction de ce qu'est un être.
..................
Pour parler de cette lettre dont j'ai tant abreuvé mon blog, elle n'est pas si différente des autres lettres qui m'auront été adressées. Sauf que celle-ci vient toucher de façon dramatique à ma parole, à ce qui en constitue l'essence. Elle me réfute en tant qu'être aimant. Elle me raye de la carte. Je parle de l'effet, non de ce qui est vraiment écrit.
la question qui se pose pour moi à ce moment de sa lecture, c'est en quoi vous avez besoin de me nier pour vous croire? Pourquoi me démembrer pour que vous puissiez parler de vous? Cette lettre est plus qu'un avertissement, elle est une supplique.
Je crois que vous savez en l'écrivant qu'elle transgresse quelque chose. Ce que j'en accepte, c'est de vous prendre au pied de la vache et de me taire. C'est à vous dorénavant d'aller sans moi, sans que je n'ai à en redire quoi que ce soit.
 
Je ne crois pas que je vous aurais écrit aujourd'hui sans votre petit mot de ce matin. J'ai commencé cette lettre juste après avoir remarqué qu'il y avait tant de "je" dans une aussi petite lettre que rien n'y était honnête.
C'est que toujours votre écriture réfute à ne pas savoir, veut marquer son territoire de son "pas touche". Certes ça vous donnera un "air", une posture. Mais d"'être à être" comme vous aimez (mauvais verbe) à le souligner, c'est juste "garde fou".
Quel est ce nouvel art de venir me dire que la vie vous sied, qu'elle vous accompagne dorénavant, que nul événement ne l’entachera...
Comme si vous aviez bonheur retrouvé de ne plus avoir affaire à moi. Je ne dis pas que c'est faux, je dis juste que c'est tronqué, qu'au grand jamais je n'ai choisi "avoir" à "être" combien même la possession m'a obsédé dans ce qui lie l'autre à soi.
J'écris un peu mon testament aujourd'hui. Je suis sûr de n'avoir jamais trahi mon intention avec vous, de m'être trompé souvent oui, d'avoir confondu oui, mais il y a quelque chose d'intact, de foutrement juste dans l'écoute.
ça me fait chier que Philip Roth soit mort le 22 mai parce que je ne sais pas fêter ce jour. je suis dans le trou aujourd'hui, je ne vois que punitions, faire mal au corps pour le faire sortir de sa dette, de son "coupable".
Je sais que la vente du resto marquera la fin de notre rencontre. Je ne crois pas vivre assez longtemps pour qu'on soit joyeux un jour de nous revoir. C'est trop loin entre nous deux. Le corps je veux dire. Sa présence en tant que langage, que défi au langage, à la pensée.
On demeure très en désaccord sur l'altérité.
Je vous remercie de m'avoir accompagné dans ma foi. Vraiment. J'ai pas assez entendu comment me garder en cette foi face à l'attente qui m'empêchait d'être là.
Ne devenez pas crétine pour autant, de vouloir contrôler vos sens. Mettez vous en danger, le discours a si vite fait de prendre notre place, et de se targuer d'être une "vraie pensée".
Si vous ne m'aimez pas, je suppose que je ne vous aime pas non plus. Puisque c'est forcément réciproque. Disons que je me serais approché de quelque chose qui me dépasse, dont je n'ai aucun héritage, et dont l'attirance n'a pas permis reconnaissance pour autant.
je ne vois pas aujourd'hui la suite, si ce n'est me perdre vraiment avant que de mourir.
N'ayez honte de rien quant à moi. Je vous affranchis de tout vos manquements. gardez juste le rare et difficile de ce qu'est une rencontre. respectez la davantage dans ce qui vous en adresse, je veux dire ne cherchez pas la pensée qui veut remplacer votre corps, taisez vous quand le corps n'a pas accès, faîtes votre chemin sans vous prendre au sérieux, sans le prendre pour but, gardez vous de savoir quoi que ce soit qui n'invente pas une nouvelle route, soyez vulgaire par dépit et par excès, trahissez chaque pensée qui serait déjà chez un autre, pensez-vous comme un crime et non comme une détenue, écrivez le à chaque fois que l'ennui vient vous bercer.
Ce qu'il s'est passé entre nous est un frôlement  du sauvage, d'une pensée qui pourrait redire nos corps. que ça ait échoué ne dit pas la beauté mais juste la réalité.
C'est ce "triste" qui me déborde. Me renvoie à un point zéro de ma parole, de mon existence.
Je me souviens qu'auprès de vous, j'étais prêt à tous les excès, juste pour sortir le corps du coupable. Je vois combien il est dur avec mon fils de résister à la connerie de la transmission de ce qui se tait en soi, coupable.
Vrai, je ne crois pas aux communautés qui ne placent pas leur coupable avant celui du "monde", qui croient que l'affirmation de soi se place en négation. Parce que c'est encore le même monde, un oui et un non.
Je préférerai à la limite une communauté de personnes "ne pouvant pas être touchées physiquement".
Plus juste que le discours.
J'en suis à proposer la laisse et le collier, la faire boire dans une une soucoupe parterre. Est-ce que je vais répondre "présent" après? Je n'en sais rien. On a compris que la chienne étant ma mère, je la plie à un autre monde, une autre histoire. Non de la faire "chienne" mais de me débarrasser du collier de mon attente.
Au moins m'épargner la tristesse qui me constitue, me tient sous son égide, point.
je vous souhaite d'être cette salope que je n'ai pas réussi à faire jouer.  Juste une fois.
pas besoin de vous redire que salope est ce qui cesse le tout, se perd entre fille, mère, épouse, maîtresse...
Pas de couple là mais de la distance d'avec son jejeje
Vous pourrez dire que  cet homme m'a aimée. Avec ses limites, ses gageures, ses inepties. On ne se reverra pas parce que le corps est venu à manquer. Nous n'avons pas accepté que la parole, celle que nous détenions à cet instant, nous heurte davantage. Préférant nous taire de ce silence que de le rendre inquisitoire.
elle croit que le monde existe, lui croit que c'est elle qui existe. Les deux ont raisons, formulent leur délire à partir ce qui manque.
Elle veut dire "je" avant d'aimer
Il dit "elle" par défaut
Il n'y a pas de rencontre parce que l'un et l'autre demeurent cantonnés dans ce qui les affecte.
Ils ne se voient pas en l'autre
maintiennent leur position;
La loi prédomine
aucun des deux ne veut renoncer à ce qu'il croit savoir.
doivent l'un et l'autre poursuivre leur refus de façon séparée
possible : "ils ne veulent pas entendre combien cet autre est eux-mêmes"
possible : pousser la négation de soi jusqu'à la mort de l'autre"
possible : "tout est affaire de décor, changer de lit, changer de corps etc.."
................
-et donc d'un "je suis triste" vous écrivez tout ça?
-Oui mais je ne le sais pas. je pensais ne plus écrire, encore moins à elle
-encore moins?
-oui, c'est mort pour moi. Je ne sais pas ce que veut dire "mort" en soi, mais
il n'y a plus d’existence entre elle et moi. C'est fini  en présent, en corps.
-demeure juste l'idée?
-presque pas. j'ai une mémoire bien sûr mais si elle n'est plus active, je ne sais plus si ce que je dis a eu lieu.
-Et?
-Et je ne suis plus garanti d'être vivant. Cette histoire avec Jessy n'a plus rien de singulier, elle passe du côté
du souvenir, se mélange à mon histoire personnelle, se confond, et ça me rend triste, oui.
-triste de vous?
-Oui! que ça rejoigne l'histoire des miens, la toujours histoire, celle de la haine, du coupable.
-stop?
-oui stop...

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mort un 22 mai

Les choses les plus utiles sont les choses les plus évidentes. Venant de quelqu'un d'autre et dites sur un certain ton.

Philipe Roth

 

 

 

 

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15 mai 2018

à L.

Nuit, 5 heures, je lis :
"le charme appartient à celui ou celle qui est allé, les yeux grands ouverts, au sein de son propre enfer. C'est très rare et il s'ensuit une gaité spéciale, teintée d'un grand calme"
De calme? Vraiment ?!
Je n'ai pas dû aller en enfer alors...
Coincé au purgatoire,probablement, ce lieu étrange où l'âme reste suspendue dans une attente sans pouvoir la nommer, comme si la mémoire n'avait pas assez de sang pour en irriguer la pensée. Une petite voix me dit qu'il aurait fallu bien plus œuvrer pour croire à la vie! Peut-être...On s'en laisse si souvent conter par soi-même qu'on oublie de s'en extraire! La mélancolie arrive et nous habille pour des décennies...
Souvenirs de l'enfance où les chansons écoutées par nos vieux empruntaient déjà ces sentes en mode mineur...Barbara, Ferré, Brel...Regrettaient-ils avant l'heure de ne pouvoir aimer? Ou plus exactement de ne pouvoir aimer charnellement la présence de l'autre?
Comme si après cette foutue seconde guerre où l'horreur confina à se poser la question d'une humanité encore possible, le corps était resté dans le charnier, incapable lui de participer à nouveau à l'existence...Il s'en suivrait une fausse réalité, totalement idéalisé, presqu' ecclésiastique, où tous les hommes seraient frères et bons, et les corps partagés dans une danse autour d'un feu crépitant de chansons douces et tristes...
La chute de la gauche et l'apparition du sida annonçaient le monde virtuel à venir...
Nos amours ont eu mal aux dents.
Après tout, il s'agit essentiellement de tenir la mort suffisamment loin pour ne pas qu'elle vienne obséder nos rêves de son indigente moire...Et si pendant ce temps quelques jambes au galbe divin viennent à soutenir notre entreprise, ma foi..Notre verbe aura trouvé sa juste récompense!

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09 mai 2018

aul? 24ème

 

Bonsoir Madame,

En marchant hier j'entendis cette drôle de phrase "tu es elle"..
Je ne comprenais pas vraiment (et encore peu maintenant) comment cette phrase avait jailli.
Elle était accompagnée de visions de ton corps, de ses marques, de tout ce qui faisait et fait faille à tes yeux.
Je ne sais pas si le juste texte est "je suis elle" ou "je suis sa faille" . C'est peut-être similaire.

Je ne sais pas ce qu'est un être. Je ne peux en entendre que son intention, si elle existe.

Je lis aujourd'hui des pages sur la transsubstantiation...ce passage du corps en pain, en vin...De quoi parle-t-on exactement? Peut-on entendre aujourd'hui ce qu'est un corps?

J'écoute dans la vie quotidienne ce qui ne parvient pas à séparer son âme et son corps du "sujet"
qui va venir dire "je" parce qu'il ne ressent rien, ou juste une idée de lui-même.

J'y ai très peu accès aussi, et éprouve peu d'altérité dans ce qui se "passe".

Ça me perd parce que je n'en possède pas la langue, la trace.
D'où cette impression d'appartenir à un vaste charnier
qui hélas colle aussi à la date de ceux qui plus tard me mettront au monde.

C'est arrivé par vous, je le sais, qui n'est pas une élection mais un fait. Je n'avais jamais vu l'autre avant vous comme ce qui
me séparerait de mon histoire, de ce que je croyais savoir. Je ne vous ai jamais aimée comme une projection, ou comme une idée
mais parce que mon "être" se trouvait dans ce que vous n'étiez pas.

J'ai pris corps d'un autre avec vous,
et cet autre c'est ce qui de vous se refuse.
Une femme?

Je n'écris pas ce soir pour cerner, je vous dis juste ce que je traverse,
qui résonne bien plus loin que mes mots.

 

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06 mai 2018

aul? 23ème

C'est fort, sacrément profond, me prive presque d'écrire. Hier en marchant, je sentais tout mon corps dans le refus, chaque pas me contraignait, m'exhortait à rebrousser chemin, c'était quasi primal ! Ce n'était pas la première fois que je ressentais cette violence tapie à une coudée de mon entendement. Il suffisait que je déroge un tant soit peu à ma mécanique pour qu'elle surgisse,sans appel. Que se passait-il exactement ? Qu'est-ce que je refusais d'entendre qui me conviait à tant d'oubli? Mes pertes de mémoire d'ailleurs augmentaient, signe d'un désarroi qui envahissait de plus en plus profondément ma pensée, l'obscurcissait en faisant disparaître des noms, des lieux, des visages. La douleur avait dû être si vive qu'elle obligeait ma pensée à occulter tout ce qui s'y rapportait, préférant me cacher à l'existence plutôt que d'en traverser à nouveau l'épreuve. Aul (Alors un livre) devenait épique, seul lieu où un peu de sang coulerait encore...

-Vous pensez que cela vient de son "ce n'est pas une relation d'amour"?

-Non. Mais ça a réveillé quelque chose de brutal, j'allais dire d'interdit...Je me suis retrouvé en plein enfer et il n'y avait plus rien que cette vision de l'horreur. C'était décharné, fou. Le cauchemar devenait réel.

-Mais cet enfer existait avant, non?

-Oui oui, bien sûr. Mais elle était ma "Béatrice"! Un point d'horizon contre le néant. Mon seul point d'infini...Et elle vient, passez moi l'expression, me chier dessus. Ne doutez pas qu'elle ait joui d'écrire cette phrase.

-"Deux routes s’offraient à lui :
celle de l’infini dehors,
celle de l’infini dedans.

Et il a choisi l’infime dedans.
Là où il n’y a qu’à presser
le rat,
la langue,
l’anus
ou le gland."

-À demain...

 

 

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30 avril 2018

Tropique

"parfois d’une immense tendresse j’oublie
que tout est sourd
et me lève comme une mélodie."

Lorand Gaspar

 

Ne pas réduire la distance, l'art est là. Rien de plus fâcheux que de tenter "ensemble" une odyssée. Je ne sais pourquoi il y a cette attirance vers la domesticité, le bien commun, le bavardage. L'impression que j'en ai est paradoxalement une envie secrète de guerre, de destruction.

 

"Levé de nuit, au large bleu
précédant le tumulte du jour
de quelques intentions maritimes."

S.B

 

 

 

 

 

 

 

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29 avril 2018

claire énigme

AIMER

 

Que peut un être sinon,

au milieu des êtres, aimer ?

aimer et oublier,

aimer et malaimer,

aimer, désaimer, aimer ?

toujours, et même les yeux vitreux, aimer ?

 

Que peut, je le demande, l’être amoureux,

seul, en rotation universelle, sinon

rouler aussi, et aimer ?

aimer ce que la mer apporte sur la plage,

ce qu’il enterre, et ce qui, dans la brise marine,

est sel, ou besoin d’amour, ou simple désir ?

 

Aimer solennellement les palmiers du désert,

ce qui est abandon ou adoration qui attend,

et aimer l’inhospitalier, l’âpre,

un vase sans fleur, un sol vide,

et le cœur inerte, et la rue vue en rêve et un oiseau de proie.

 

Tel est notre destin : amour sans nombre,

distribué aux choses perfides ou nulles,

donation illimitée à une complète ingratitude,

et dans la coquille vide de l’amour la recherche craintive,

patiente, de plus en plus d’amour.

 

Aimer notre manque même d’amour et dans notre sécheresse

aimer l’eau implicite, et le baiser tacite, et la soif infinie.

 

 

Carlos Drummond de Andrade, Claire Énigme

Traduction Jean-Michel Massa

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27 avril 2018

aul? 22ème

Je ne me souviens plus de la phrase qui me réveille mais d'emblée je pleure, il y a un contraste saisissant entre le bleu d'été qui règne au dehors et la tristesse profonde qui m'étreint...Je connais ce décalage qui vient me dire que non je ne serai pas aimé, qu'il me faut renoncer à la rencontrer, que de toute façon blablabla...J'entends clairement la voix de ma mère, ou de sa mère à travers elle, on dirait une longue chaîne de mères toutes à transmettre à leur fille qu'elles seront malheureuses...Et moi, comme je n'étais pas fille, il n'y avait rien à transmettre ce qui n'a pas empêché ma grand-mère maternelle de se servir de moi pour maintenir l'objet de haine entre elle et sa fille...

Un carnage de déni, traité comme il se doit sous l'angle de la famille autarcique qui veut faire de ses membres une et une seule entité...

..........

Ce soir j'ai rendez-vous et je sens très bien l'entité essayer de m'en dissuader, parvenant à se glisser dans mes membranes pour en extraire le désir, pour en vider l'intention...La phrase récurrente qui court mon éducation est que tout était toujours trop pour moi..."elle était "trop" ceci ou cela, c'était "trop" ceci ou cela...On voit bien que le "trop" en question était un sexe dressé qu'il fallait faire "trou" pour que l'entité demeure...

On va en rester là ce matin, aller faire les courses, prendre le soleil, se tenir à distance de toute cette connerie...

À demain

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