Sébastien J. Braun

14 décembre 2017

Confusion des sentiments?

C'est "muré" depuis quelques jours, les pensées demeurent vêtues, stériles. Se creuse probablement un sillon dont j'ignore le nom, le désir, l'intention. Tout a l'air calme mais je me doute que c'est trompeur. Je ressens un abandon dans la forme comme si le traumatisme cherchait son cadre, sa réalité, son expression au monde. Est-ce à partir de ce qui est inscrit dans ma chair que je dois commencer?

.........

 

 

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07 décembre 2017

lettre à N.

Madame,
Banqueroute !
Ce matin je me dis que cette chute n'est peut-être pas qu'un signe d'impuissance. Peut-être. Je n'en sais rien en fait. La logique dirait que je suis en train de crever à petit feu mais ça pourrait être aussi un voyage! Bien sûr c'est beaucoup de douleur mais là encore qu'est-ce que j'en sais de ce qu'il se passe vraiment? Chaque matin je me lève face à la vie, écris, lis, écoute sans savoir à quel moment ou pas je vais me faire rattraper par cette foutue demande d'amour qui réduit tout à sa loi, le corps et l'âme dans le même wagon, et qu'on pourrait réduire à ce cri "pourquoi m'as tu abandonné"!
C'est horrible comme inscription, à tel point qu'à un moment je me suis demandé si je ne devais pas passer par une relation d/s (dominant(e)/soumis(e)) pour mettre à distance ce retour glacé du "maman se tait et papa ne l'a pas dit" qui est à la base de notre foutue pensée occidentale (cf Sade : "français encore un effort si" )
Impression de bien voir le piège mais pas comment l'éviter et c'est cela le plus lassant, cette répétition d'un même genre, d'une même nature, pas étonnant qu'on courre aujourd'hui pour tout mettre dans le même panier...Égalitarisme à tout crin comme si la suppression de la différence allait enfin nous foutre la paix! Tu parles! Beurk! Quelle régression! Va pas faire bon dire "salope" dans les années à venir...Mais c'est cela la visée, œuvrer dans la grammaire afin qu'elle cesse de perturber la singularité, l'exception.
La grande unité! Ça me rappelle un petit moustachu des années 30 désignant l'Autre comme le problème à la réalisation du "Moi".

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26 novembre 2017

On ne fait pas d'hamlet sans casser...

Passion selon St Matthieu, ciel gris, âme blessée.

Tir de roquettes ce matin. J'aime à croire que le fait de n'avoir ni lu ni écrit
la veille ont pour conséquence le retour du vil, du narquois...

C'est une histoire de digue...de persévérance à maintenir une barrière contre
la mécanique des flots...Le jour où j'aurai compris qu'une seule note peut endiguer
les rouages de l'obscène, ce genre de matin colère et décharné aura fait son temps...

Là, ce sont des blocs bruts, sans forme, qui m'agressent, m'attèlent à demeure. "There's
something rotten in this kingdom"...Se poser la question : "pourquoi Hamlet n'est pas
parti avec Ophélie"? That is the question..

Sauver le royaume? Le nom du père? Ou bien la trouille de la "lettre" amorosa....
Relire encore et encore le voyage...celui du bout de la nuit...se demander de quelle défaite
il s'agit vraiment...Un homme, une femme? Si seulement c'était vrai...À nouveau les vers de Pessoa
sur le "nous"

O que há é só o mundo verdadeiro, não é nós, só o mundo;
O que não há somos nós, e a verdade está aí.

"Il n'y a que le monde véritable, pas nous, seulement le monde,
ce qu'il n'y a pas c'est nous, et la vérité est là"

Mon "livre" commencerait sans doute par ces mots :

"En t'écrivant, je ne commence pas".

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21 novembre 2017

déportation

Quand une fois passé le manque
que j'ai de vous
s'ouvre alors un pays
celui d'une "note", d'une musique, d'un lieu.
Ce sera toujours très proche et très lointain
parce que les mots pour le joindre ont disparu depuis longtemps.
Nous ne connaissons plus cette langue
qui touche autant qu'elle dit.
Seul le dit est resté, le corps, lui, s'est effacé. (langue d'oil?)
Souvent quand je pense à vous, j'entends la litanie de ma langue, sa difficulté à percer le cœur, comment sa pensée ne parvient pas à ouvrir ce qui la défaille.
Quand je relis, je peux voir l'intention mais pas le sang, pas le "style".
C'est ce qui nous empêchera de nous revoir, cette difficulté à "mettre en peau" nos mots. On sait que ça passe par nos corps mais c'est très opaque. Et ça se referme vite...Et quand ça se referme naît tout un discours sur le possible/impossible qui n'est qu'un discours effrayé de l'autre, de son propre corps en l'autre.
Ce secret ce qui nous lie n'est pas inscrit. Il ne sert à rien d'en raconter l'histoire parce que ce n'est pas là qu'elle a eu lieu.
Il me faut aller très loin pour en pénétrer l'essence.
J'aimerais beaucoup ne plus en avoir peur mais c'est comme si je touchais à l'origine du langage, du sens et je m'y perds bien plus que ne m'y trouve.
.....................
Je ne sais pas vous dire mieux que "vous coulez en mes veines"
C'est mon plus grand secret d'homme
Je le porte comme une joie profonde
...........
Le dit-manche
comprendre comment et pourquoi
aimer reste suspendu entre verbe (dit) et corps (manche)
est barré de sa fente/trou/chair
gueule
la haine monte
le dégoût monte
ça ne sans-saigne pas
il y a un délire qui naît de la mise en abîme d'un corps hanté
..............
J. et S., 13 années de crise ouverte sur ce franchissement
toujours en demeure de rester "déportés"
cette frontière du sens
qui va provoquer aussi la fulgurance du "juste", du "sacré"
Et puis la vague
la classique
la banale
qui recouvre
normalise
oublie
Amen.

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19 novembre 2017

dimanche....

Ami,
Depuis son départ, je crois qu'une semaine est passée, un mois peut-être, guère plus. Temps arrêté à sa courbe, à son cul, à son aube. Ce matin en me réveillant j'entendais "paradis perdu", cette même chanson que j'écoutais quand elle s'en est allée. Temps figé, pris dans l'ambre d'une déchirure qui remonte à bien plus loin qu'elle et qui semble me refuser son congé. J'ai deux images qui me remontent en mémoire : la première quand à 16 ans je refuse de me lever parce que je ne sais plus qui je suis. Il y a une sorte de chute, de miroir brisé. La deuxième c'est rue de Dunkerque, quand je me préparais à écrire la nuit, croyant encore à cette époque (j'ai 24 ans) que je serais écrivain.
C'est loin et proche. Il y a une forme d'exil qui s'est crée ces années là, un pas de côté mais plus comme un garde-fou qu'un art de vivre. C'est cela que je veux dire : je marche à côté de moi depuis très longtemps. C'est ce qui rend mon rapport à l'autre si difficile, parce que souvent on aura l'impression que je ne suis pas là.
Près d'elle j'ai cru que je pourrais revenir, et c'était à chaque dimanche la scène répétée d'une absence/présence...Un combat pour que le jour surgisse...qui se terminait souvent en noyade...
Mais c'est le temps le plus juste que je n'ai jamais vécu, paradoxalement.
J'ai failli trouver un corps en sa présence!

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17 novembre 2017

aimer?

Je t'écris encore souvent, parfois joyeusement. Je mets sur mon blog plutôt que de te l'envoyer, par pudeur je crois. Je crois que ma rencontre avec toi reste très présente dans son intention (pour moi). J'ai vu et quelquefois vécu ce qui demeure pour moi du côté de l'exception. Le reconnaître est une chose, le vivre reste difficile. Comme si on ne pouvait pas résister à un retour à soi, à ses manques, à sa famille...
D'où cette impression que je n'ai pas eu du tout le comportement en rapport avec cette singularité.
"tenir la rencontre"
Je veux dire la croire comme plus juste que sa propre histoire et surtout ne pas chercher à y convaincre l'autre, le laisser faire son chemin!
Je maintiens qu'en un sens ma rencontre avec toi a commencé quand tu es partie...Me sens-je plus juste aujourd'hui qu'hier? Pas encore...Mais j'écoute davantage, ça c'est sûr. Pour l'instant c'est assez effrayé, il y a une sorte de honte qui perdure. Je vois bien que ça se refuse à moi, que ma parole "crispe" au moment de l'acte. Comme si un traumatisme me renvoyait encore et encore à une sorte de "black out", à une disparition...
Et toute ma résistance pour le moment c'est de ne pas sombrer avec ce délire familial, social, d'où mon isolement parce que je doute de pouvoir être là. Au moins me donner cette distance, rester au loin de ceux qui ont des gardes-fou et usent du langage comme d'une thérapie de groupe.
tenir la rencontre
Cette petite part de moi qui aime, croit, danse. La tenir contre ce qui de moi s'en fout, ridiculise l'existence, se noie. Et vous m'êtes essentielle dans ce combat même silencieuse, même si je ne vous revois jamais. Du tout comme un drame au sens romantique du terme mais comme ce sentiment d'un très "vrai" surgit follement d'un songe. Je ressens votre amour, son moment, sa vérité, de là où il a pu se reconnaître.
J'entends très bien pourquoi c'est un lieu et non un temps. C'est une "note", et je nous souhaite de l'inscrire sur la partition de nos vies. Elle a donné un "La", et je ne doute pas qu'elle demeurera comme une preuve de lumière. Elle n'est pas "toute", juste un fanal dans la nuit de l'être.
J'aime nous garder comme une indication du chemin, l'on n'a plus rien à se prouver ensemble et tant mieux. On sait ce qui nous a traversé, pas besoin de preuve.
On ne se voit pas parce que ce n'est pas l'heure, pas le moment. Il viendra ou pas, c'est de peu d'importance je crois. Il y a un "là" qui porte notre rencontre et qui s'infinitise. Ma tristesse vient du fait qu'une plainte continue à me menacer et que du coup je suis renvoyé à une nostalgie. Mais je ne me laisse pas faire, n'en veux pas.
La tristesse n'est pas d'amour. C'est une salope qui a besoin d'en passer par son cul. Rarement en face la tristesse. Par derrière. Sodomite. Dans le même.
Quelle joie j'ai de vous écrire! Je ne voulais pas...Je regretterai demain, c'est sûr parce que c'est irréel, maudit, impudique...
jejeje...
Vous me pardonnerez...

 

Oui Jessy, le manque. Mais pas juste ça, aussi par votre nom persister, ne plus avoir peur de moi. Non pas chercher pourquoi elle n'a pas désir, mais trouver mon désir. Quelle folie que le "retard", entendre dès Cadiz que je fais fausse route de moi et en préférer le méandre, la litanie, le soupir...
Se choisir soi contre l'autre. Choisir son histoire contre le lieu. Être plus effrayé de ce qui veut que de ce qui ne veut pas...Quelle turpitude! Dette!
je repense à "aimer c'est donner quelque chose à quelqu'un qui n'en veut pas". Si j'entends bien cette phrase, c'est comment allez-vous faire du fait que ça rate...Parce que ça va rater! Comment on peut en arriver à faire en sorte que le ratage ne soit pas une fin en soi, mais une ouverture.
Il n'y a rien d'écrit entre toi et moi, aucun écrit qui ne soit autre chose qu'une simple page. Et en même temps il y a du "définitif", une sorte de "non retour". C'est comme cela que je l'entends aujourd'hui. On n'aurait d'autre choix que l'oubli, le silence.
Garde-fou.
Pas au sens de la folie mais d'un code. Celui du corps probablement. Et je suis d'accord pour que demeure cette clause tant que l'autre joue rôle de barrage, de refus.
La frontière qui est la nôtre ne peut se jouer aujourd'hui entre nous. Je ne crois pas que je manquerai de vous voir ou pas. Ce n'est pas en ces termes que ça se pose pour moi. Ce n'est pas de l'ordre de la reconnaissance mais de ce qui viendrait étonner le vivant. Quand je pense à toi, je me pose la question du "là", d'être "prêt", que cela s'adresse à vous ou à une autre. Le mot rencontre me renvoie à une présence.
Vous avoir rencontré me convoque à un désir d'être là. C'est ce qu'il me reste de cette rencontre, le plus beau. J'entends mieux maintenant ce que vous demandiez à l'autre. Ce qui passe par le désir de l'autre qui maintienne distance du vôtre. Son indépendance face à vous, sa revendication outre vous.
La dureté de ses sentiments, sa non-adhésion à vos doutes...
Je vois bien ce qui vous a dégoûté de moi, elle en moi. Ma mère en moi, ma torpeur, mon trou.
Je m'en occupe...tenir la rencontre, tenir le trou.
J'ai besoin de vivre une autre histoire. Provoquer mon délire autrement, je vous récrirai après. Vraiment. Là c'est encore empli de désir de vous qui traîne, qui rêve de vous, qui chaloupe.
Ça confond être et avoir. J'en suis encore là, dans cette dérive, sauf quand j'écris. Sauf que j'ai du mal à passer mon corps en écrit, parce que lui ce corps il est en manque...Il vient réclamer...Tel un enfant. Il quémande mais quoi? À qui répond-il? C'est quoi son fantôme?

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13 novembre 2017

c'hors

Il n'y a pas grand chose que je puisse vous dire
votre corps cet étranger
sa distance
me touche encore
C'est très fort dans mon âme
il me convoque en
une drôle de terre
je ne me connais pas en vous
c'est cela mon secret
ce vous qui n'est pas vôtre
demeure
oui un visage, loin dans la nuit
cette nuit d'une vraie ivresse
qui bat le monde
à votre croupe
dans l'écume de nacre
Et
d'où surgit le nom
celui de l'oubli, du père peut-être
quand père disait autre, corps
au loin, au large
trou(v)é d'un exil
parcourant l'océan d'un songe
sans rivage

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11 novembre 2017

Lettre à J.

J'aime bien que vous écrire soit joyeux. Un peu raté la dernière fois quand je suis rentré...C'était si étrange ce chemin, peut-être parce que dès le départ je ne sais plus trop où et comment...Ça tergiverse beaucoup, trop et j'y pars à l'arrache, en me disant qu'on verra bien...Il y a d'abord Madrid, pas revue depuis 1986...Et c'est joli, j'ai l'impression d'en être parti la semaine d'avant, aucun écart de temps, je retrouve un "pas", et du coup y reste trois jours...Vais au Prado voir Velasquez, Rubens, Le Titien (ci-dessous), Fra Angelico...
Images intégrées 1
Résultat de recherche d'images pour "le titien prado"
Et un matin vers 6h, je chausse et commence le chemin. C'est un dimanche, il y a des vélos partout! La première étape de ce chemin est devenue une piste cyclable...Je suis seul à porter un sac de dos...Pleuvent les "buen camino" qu'on aimerait leur renvoyer entre les rayons des roues...Et puis passé l'autoroute qui entoure la ville, le chemin redevient désert. J'ai déjà oublié le nom du village qui marqua la fin de l'étape. Le lendemain c'est magique, peut-être une des plus belles étapes que j'ai connues. Les oliviers perlent de fruits, et la montagne au loin dissipe à son gré les rais de soleil à travers la garrigue. Le chemin naît enfin. Il fait très beau, la seule chose qui m'intrigue un peu est que pendant trois jours je ne croise pas âme qui vive. Ça me brusque un peu cette solitude parce qu'elle en rajoute à celle que je connais. Je ne pensais nullement en partant de Madrid que je ne croiserais personne. Arrivé au pied de la montagne annoncée comme une des plus dures étapes de tous les chemins, je trouve une petite auberge et y reste deux jours espérant ne pas faire l'étape seul. Raté. J'y pars donc un matin à l'aube avec vivres et beaucoup d'eau un peu inquiet des 10 à 12 heures de marche avec le franchissement de la montagne...Évidemment je vais me perdre et finir par manquer d'eau tout en voyant au loin Segovia la magnifique. Je ne me souviens pas avoir pleuré, juste de m'être assis, assoupi et finalement d'avoir rejoint la ville 16h plus tard, vidé.
Dès l'entrée de Segovia, je ris, ça doit être nerveux sur le moment mais c'est tellement beau que ma souffrance se perd dans l'émerveillement. Je vais rester 2 jours pleins là, mais je commence à sentir que quelque chose ne va pas...Un sentiment d'ironie? Peut-être. M^me là, en t'écrivant je ne suis pas sûr de savoir vraiment...Ce n'est pas tant la souffrance physique mais davantage l'impression qu'à part l'effort ça stagne totalement...
Stagner n'est probablement pas le bon verbe. En fait j'ai la sensation que ça creuse encore plus ma solitude, et que ce chemin en est le prolongement et non la cassure.  Un peu comme si je faisais vivre à mon corps ma tête...Parce qu'après cette étape mon corps ne va pas récupérer et que les dix étapes qui vont suivre seront plutôt violentes. Étapes de plaine, sans le moindre décor, avec un soleil d'aout sur le crane, juste une sorte de performance physique...
Quand je rentre, après la frustration du retour, je me mets à penser à ce qui arracherait une "langue" de sa pensée...Au delà du "ratage" du chemin, je vois surtout ma "pensée" ne pas être capable de traverser, de respirer autrement. Je vois le piège. (On ne voit le piège que quand ça rate...) . C'est comme en analyse : j'arrive à repérer là où les mots butent, ne tordent pas, ressassent, n'ont pas la culture? ou le courage? de passer outre...
Voilà où j'en suis aujourd'hui...À dire "non" à quasi l'ensemble de ce que j'ai connu...Aucune idée de ce qu'il va se passer mais je ne reviendrai plus. Je ne vous enverrai évidemment pas cette lettre parce que son adresse est pourrie comme tous les royaumes où le nom hante plus qu'il ne nique.

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02 novembre 2017

déréglements

Deux trois jours que je n'écris plus. Je pense que quand l'écart entre affect et pensée se creuse trop, l'acte devient impossible. C'est intéressant de constater combien le langage est dépendant du placement du corps. Sa mise en danger bloque les issues, le prive de danse, d'imagination. On se retrouve face au texte originel, celui de notre enfance, un texte souvent lapidaire et destructeur.
Ce que j'ai trouvé terrible ces dix dernières années fut d'en rester la cible, le dépotoir et de l'accepter. Comme si je devais revisiter cette scène où le "non-désiré" se refuse à croire à cette version des faits quitte à se mettre à la place d'un champs de ruine, d'un camp...

Quand je marchais sur le chemin, je me rendais compte que j'avais atteint une limite, celle d'une représentation passée. Si je voulais (re)vivre, je devais perdre le souvenir, ne plus chercher à le raconter. J'avais à son propos toutes les informations nécessaires à ma destruction. Des noms, des lieux, des visages. Je devais les perdre physiquement.

-tabula rasa?

-Oui, ça ressemblerait à ça. Kafka dirait "sortir du rang des meurtriers".

 

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27 octobre 2017

sin ruido

Je me tais de vous
errant
sans regret
laissant la nuit me dire
là où je ne suis allé
reconnaissant entre les lignes
votre présence
d'une fois, toujours
quand vous n'aviez pas à vous justifier
de votre chemin
pas l'homme mais l'être
subtile différence
qu'un jour
vôtre âme distillera sans dette
une joie
qui remontera des abîmes
dire
"là"
une trouée, une clairière, une jetée
juste cela
et cela me va.

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plus loin, plus près

Ce qui me reste proche me demande du plus lointain. C'est comme sous la peau, endormi. Et c'est peut-être bien que ce le soit tant qu'à la surface brûle encore un songe, un manque. Je fleure de vous souvent mademoiselle et j'essaie d'en garder le secret, la tendresse. Aujourd'hui il me gêne moins de refaire ma vie sans vous, parvenant petit à petit à séparer ce qui m'est sacré de ce qui demande encore à aimer. Encore...Il me tarde de retrouver cette nuit inquiète, ce moment de grève où le galet ricoche d'une intention lumineuse. Ô oui vous êtes présente, et continue à m'effrayer ce monde qui nous aura quitté ainsi. Et j'écoute plus que je ne sais, acceptant ma "participation", mon incurie dans ce "massacre". 
Aussi quand je vais à vous, je ne pense plus, je laisse le ressac me dire, me prendre. J'entends le ratage mais pas comme "raté", plutôt comme un pari fou, très dense, à la limite de notre rapport au "sens". On peut raconter l'histoire avec les mots qu'on possède, mais ce serait à tort parce que nous ne les possédons pas. Ils viendront un jour peut-être, et là ce qui fut "unique" ne sera plus bardé, contrit ou endetté des doutes qui sont nôtres aujourd'hui.
Vous ne lirez pas cette lettre parce que son envoi exige que demeure le charnel. Nous n'avons jamais été d'accord sur l'impératif de sa présence. Ce désaccord, je le voyais comme un défi, et vous comme un manque de point de vue...
Après treize ans passés à mes côtés vous me direz "je ne me projette pas avec vous". Comment vous dire qu'enfin ça commençait! Que vous touchiez au nerf de ce qui n'est pas vous. Le "non désir" est le départ de la rencontre.

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lettre à I.

Le matin au réveil, je sens le manque. Ce qui me sépare de la toile (de la feuille), de l'acte est le corps. Je pense à Spinoza "l'objet de l'idée qui constitue l'âme humaine est le corps, c'est à dire un certain mode de l'étendue existant en acte et n'est rien d'autre".
L'étendue et non le temps. Un espace, un lieu. Une prière? Probablement. C'est et ce n'est pas sexuel. Mais oui ça suppose qu'il y a du phallus là, autre part que dans l'héritage, que dans la dette qui nous a été transmise.
Je sais aujourd'hui que je ne peux plus m'approcher de celle qui ne me désire pas. Trop dangereux et j'en ai assez soupé de me faire croire que ma simple parole pouvait éveiller le désir de l'autre. Je me suis trompé sur le "placement", sur l'autorité. La quête du père m'a joué bien des tours, m'a conduit à devenir fantôme de ma relation à l'autre. Je pense que c'est mon poison, ma carapace, mon mur.
Ma question aujourd'hui c'est comment transgresser ce qui fait barrage, me prive de la rencontre. Je sens bien que chez toi il y a aussi cette panique à ne pas pouvoir "sortir" de ce qui hante.
Je vois la brèche, comme le rai de lumière qui pénètre la chambre par l'entrebâillement de la porte.
J'ai pensé ni Paris, ni Toulouse. J'y voyais une cheminée, deux chambres, un chouette village aux encablures.
Bonne journée à toi

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24 octobre 2017

vino

- Il y avait longtemps que je n'avais pas bu de vin...Je l'aime tellement qu'il m'importe de le partager...éviter la branlette ou la mélancolie...

Il est là ce soir, pleine veine et il me rappelle la caresse...La pudeur veut que d'un départ on cesse son adresse. Il n'y a rien à dire à celui qui s'en va de vous. La solitude qui devient vôtre se tromperait d'une rancune. Combien même vous auriez servi à enfin trahir ce qui la retenait, symbolique dont vous vous seriez bien passé si dès le départ vous aviez su la refuser...

Comment vous placez-vous face à elle?

Un après-midi elle me dit "vous n'auriez jamais dû accepter que je ne vous désire pas". Le ton était cruel, fier, moqueur. Elle me prenait pour un con. "Il m'aime, or je ne suis rien, donc c'est un con".

C'est ce jour-ci qu'aurait dû cesser la musique, le dessin, le visage, l'intention, la lettre.

Mais mon père...ma filiation...ma putain de dette...

-Vous vouliez persister (père-sistens)...

-Putain c'est pas clair parce que ça mélange une histoire et une rencontre. Ce qui est sûr c'est que je n'entends pas la rupture, le point d'orgue, la limite...Je refuse que ça m'échappe...Je mélange "tout", mais probablement parce que je n'ai pas la langue pour m'en détacher. Ou pour créer une distance. On peut dire à mon sujet que je fais parti de ceux qui "adhèrent", même dans leur révolte...

-Un enfant du siècle?

-Oui. D'où la tentation de vivre auprès d'une une relation d/s qui éprouverait ma langue, ma dette...Parce que seul, je n'ai pas le verbe, le corps...

 

 

 

 

 

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rapport sur moi

-Je me suis perdu je crois. Mais je pourrais dire aussi : "c'est encore la nuit", autre façon de décliner ma présence/abscence au jour qui vient.

-La folie du jour...

-Très tôt c'est devenu assez violent de ce côté là...Je ne voulais pas y aller...Ça a commencé le jour où j'ai senti que j'étais une sorte de parodie, un animal domestique...Vers l'âge de 17 ans. Mais tout était très sourd, dramatiquement sourd! Un matin je ne me lève pas, je ressens une violence inouïe exercée contre moi.

-Vous cassez violemment la glace qui surplombe votre cheminée..

-Oui. Un peu comme si je disais à celui que je vois dans le miroir "tu m'as menti"! Mais encore une fois, il n'y a pas de texte à ce moment là. C'est une crise de la représentation comme il en arrive à la majorité des ados. Après...

-On se fait récupérer ou pas...

-Ou plutôt on veut être récupéré la plupart du temps...Cet exil de soi fait peur d'autant plus que très peu sont armés pour naviguer sur cet océan. Encore davantage quand les repères ont disparu! Si en plus tu y rajoutes le discours féministe très en vogue à cette époque, t'es très mal barré...Si vous saviez le nombre de soirées passées à honnir le sexe masculin, tous de concert...Tous persuadés que le sort maudit du monde résultait de la connerie masculine...

-Et là Condorcet...

-Oui. La claque. Un autre pays...Totalement débarqué! Deux années terribles à comprendre que je ne sais rien, qu'il y a tout un monde, un verbe auquel je n'ai pas accès. Deux années à me cacher dans des cafés sans ressort.

 

 

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22 octobre 2017

sensure III

-Retrouver du sens, non que ce sens soit perdu mais que son accès soit barré par la disparition du tiers. "Je n'est plus un autre" et du coup il ne sort pas d'un statut narcissique. Il est piégé là dans un rôle de spectateur vis à vis de l'existence et ni ne voit, ni n'entend. Son impératif c'est "jouir" sous la forme d'un avoir, d'une possession. La représentation qu'il a de son corps est une image, une projection de lui-même qu'il entretient pathétiquement.

-La relation d/s peut très vite être narcissique aussi, non?

-Oui, non, je ne sais pas en fait. J'ai du mal à composer sur ce sujet sans l'autre. Il me faudrait une lectrice qui entendant ce dont je parle m'écrive, m'ouvre à une correspondance à ce sujet. Ma vision de cette relation va avec la langue du 18ème siècle, Crebillon fils, Vivant denom, Boyer d'argens, Laclos etc...C'est à dire une langue qui ne va pas dans l'abîme, il faut faire attention à cela. Sinon ça donne dans le mortifère.

-Et la mère gagne encore...

-Voilà! C'est pour cela que j'y entends un passage et non une vérité.

-Ce serait où le meilleur endroit pour une rencontre?

-Le musée Rodin, à Paris.

-L'endroit pour passer une semaine?

-Naxos, en Grèce ou Cadaquès, en Espagne.

-Pour passer l'hiver?

-Lisbonne peut-être.

-L'été?

-Paris

 

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21 octobre 2017

"sensure" (suite)

-Une forme de prière?

-Oui. Je parle du besoin de l'autre, de réapprendre ce qui est sacré dans cette relation. Cette idée d'en passer par une servitude volontaire, je m'en serais bien passé mais quand je vois le ridicule de la relation homme/femme aujourd'hui il est peu de chance de toucher à ce qui en fait la beauté.

-d'où le mot "sensure"?

-Je crois que nous sommes nés "sensurés", très très appauvris au sortir de la seconde guerre mondiale. Et ce qu'on remarque quand les repères sautent, c'est que le sujet devient roi. On n'en sort plus et tout devient un énorme bavardage sans fond parce qu'il n'y a plus d'accès à ce qui est autre ou alors en simple objet consommable, remplaçable.

-C'est comme ça que s'est terminé votre histoire avec J. ?

-Avec V., avec J. , dans une pauvreté autant signifiante que désarmante. La haine a gagné. Le sujet a gagné. J'y ai participé et ça me fait froid dans le dos. C'est à partir de ce qui de moi est resté sourd, aveugle que m'est venue cette tentation d/s.

 

 

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20 octobre 2017

"sensure"

-Ce n'est pas tant que ça m'échappe (ce qui se passe) mais que la raison ne puisse l'y suivre!

-Comme d'un traumatisme en fait?

-Oui. Ça fait plusieurs jours, depuis le retour, que je bute sur le "sens". Il y a une censure...

-Le sentiment prédominant est celui de l'abandon?

-Plutôt celui de trahison, l'abandon en étant la conséquence. Mais là où ça devient pervers, c'est que ce sentiment de trahison n'est pas le fruit simple de son départ mais aussi celui qui m'y a condamné! 

-Vous vous êtes trahi?

-Oui. Comme si "je", depuis le départ ne pouvait se rendre qu'à cette "gare" fantôme, sans voyageur...Je n'ai jamais eu les filtres ou repères pour éviter ce rendez-vous. 

-D'où l'importance que vous donnez à la "rencontre"...

-Et à la lettre! L'opposition est de taille, puisqu'il s'agit de la place du sujet dans le monde...Une véritable catastrophe si l'on y pense...Comme le souligne bien Ph. Sollers on ne disparait plus aujourd'hui, on "désapparaît". Ce n'est pas tangible! On peut relire la société du spectacle ou l'essai de B. Noël sur la "sensure". Bref le sujet est en très mauvaise posture...Et pour certains c'est le début d'une longue errance...

-Et la tentation d/s?

-Ce serait une traversée à partir de ce manque de sens, en passant par le corps sans que l'idée que l'on se fait de ses désirs ne vienne polluer le besoin, l'intention. En passer par le corps redevient une forme de prière...

 

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18 octobre 2017

la tentation d/s

Comme d'un passage, presque rituel. Puisqu'on en est là à devoir inventer son propre mode de transgression face à la banalisation du crime. Depuis la seconde guerre, c'est devenu tout un art de naître, de tracer un chemin au travers de ces décombres, de trouver un corps, une âme...

Le jeu consiste donc à rendre les armes face à l'autre et je crois qu'importe peu qui se soumet ou domine, l'important étant en premier lieu de se reconnaître une impossibilité du "quotidien".

On pense plus à Bataille qu'à Sade. On pense à comment extraire la mère de soi depuis qu'elle se prend pour dieu, pour la toute puissance...

la lecture occupera une place importante dans la relation. Mais surtout le jeu consiste à ne plus faire pour soi mais pour l'autre, une servitude volontaire.

À méditer encore...

 

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17 octobre 2017

Eppur si muove

Juste prendre sa voix l'emmener la valser la tarauder ne pas penser autrement que par la voix qui articule désarticule ploie ravit entraîne là c'est la jungle tout est à couvert dense feutré impossible d'y avancer sans machette tant pis si l'espoir d'une clairière est encore improbable le songe est là mais bloqué figé dans la colère d'une mangeuse de miroir le sien le mien peu importe elle est moi je suis mort c'est sa devise elle la défendra mordicus pour que ça ne saigne pas ne s'en saigne pas la vache je la revois à la dernière scène me criant doucement ne meurs pas s'adressant évidemment à elle-même c'est assez fou de passer dix ans dans l'inexistence de son regard qui ai-je bien cru pouvoir être pour ne pas fuir cette pensée totalitaire

 

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06 octobre 2017

Castromonte pueblo

Full moon over the roses.  Pienso en ti pero no se nada

Comment retrouver une parole qui ne saigne pas...Ou alors doucement comme le vin perle sur la lèvre 

 Je vous écris tandis que vous travaillez.  Je souris en vous voyant dans la cuisine avec votre air concentré.  Enfin...si il y a quelques clients. .

Ici seuls quelques chiens aboient. Village perdu parmi les villages perdus...Il y avait quand même une carniceria où j'ai pu acheter une belle entrecôte! 

Hier j'ai croisé un pin de 350 ans! 1667 il est né. ...je l'ai touché tendrement.  

 

 Je me rends compte que l'écriture est un corps....un c'hors dirait Hernan.  La parole en est le vêtement, pas la nudité..

.Je sens l'odeur des étables aller au gré de la bise du plateau.  Pas loin une bergerie.  Et toujours ces chiens qui aboient pour n'importe quoi ! Un vrai concert ce soir! La pleine lune ?

Je lis sur un mur "recuerda la promesa que te trajo aqui" . C'était quoi ma promesse ? Ne pas avoir peur d'aimer ? Quelque chose comme ça, oui. 

Je poserai une petite pierre pour toi. Comme un sourire pour ce qui nous a aimé parfois, loin d'une attente ou d'une idée, contre ou entre nous...

Je suis joyeux de ce qui nous a gardé "tendre" ...Pas grave si on ne peut pas se le dire de près encore...On fait au mieux...

Chacun sa guerre....N'est ce pas mademoiselle...On s'accompagne avec étrangeté...C'est assez erotique finalement...question de distance...

San Juan de la Cruz....yo vivo sin vivir en mi y de tal manera Espero Que de no morir muero

C'est peut-être ça notre sacré. ...une ligne qui perdure entre les lignes...

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